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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
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  • : Plongeur-Scaphandrier durant de très très nombreuses années, j'en ai vécu des choses sous eau et ailleurs. POUR VOIR TOUT LES ARTICLES PUBLIES ALLEZ AU BAS DE LA PAGE ET CLIQUER SUR TOP ARTICLES. TO SEE ALL THE STORIES GO AT THE BOTTOM OF THE PAGE AND CLIC ON TOP ARTICLES
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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 20:23

Photo : Notre président Henri
En novembre 90, une compagnie pétrolière basée au Cameroun décida de retirer deux vieilles têtes de puits et un espar de signalisation d’un champ de production tari et avait pour cela fait appel à la compagnie pour laquelle je travaillais.

A l’époque, la méthode la plus utilisée pour ce type de démantèlement était l’explosif, mais bien entendu, cela ne pouvait pas être mis en œuvre n’importe comment car placé dans des mains inexpérimentées, cet outils pouvait devenir extrêmement dangereux.

C’est pourquoi, étant un des rares chefs d’équipe à avoir les licences nécessaires pour la mise en œuvre de ces joujoux, le service opérations décida de m’envoyer à Douala.

Le vol de nuit Paris/Douala se déroula sans problème et à l’arrivée il faisait bon retrouver cette chaleur un peu moite qui contrastait avec le temps hivernal que j’avais quitté quelques heures plus tôt.

Une fois passé les formalités douanières qui soit dit en passant étaient plutôt bon enfant, je fus pris en charge par mon collègue Henri BWABE un plongeur local super sympa et compétent qui quelques années plus tôt avait survécu à un crash d’hélicoptère et en même temps réussi à sauver de la noyade plusieurs autres passagers.

Comme j’avais voyagé toute la nuit, il m’emmena d’abord à l’hôtel afin que je puisse prendre trois ou quatre heures de repos avant de commencer la préparation du chantier.

Puis sur le coup de 14h00  après avoir pris une collation à l’hôtel, il vint me chercher et nous partîmes ensemble chez le client pour une première prise de contact avec les deux responsables des travaux.

Ceux-ci m’expliquèrent en détail la nature des travaux et me demandèrent de bien vouloir préparer une procédure de travail pour les jours suivants.

Ensuite départ pour notre agence locale où un petit bureau et un téléphone furent mis à ma disposition.

La première partie de mon travail consistait à entrer en contact avec le fournisseur local d’explosifs, afin de voir quels types de produits il pouvait mettre à ma disposition.

Par le passé, j’avais déjà eu l’occasion de faire du démantèlement de structures métalliques immergées et pour cela j’avais pu utiliser un explosif liquide à deux composants extrêmement performant, mais ici je doutais que ce produit soit disponible.

Je n’avais pas tort, le choix des produits était assez limité et je me rabattais dès lors sur le produit inventé par un certain Monsieur Alfred Nobel en 1867 c'est-à-dire de la dynamite.

Après avoir reçu les caractéristiques techniques de cette mixture explosive je me mis à calculer la quantité de produit dont j’allais avoir besoin pour mener à bien mon travail de démolition.

Connaissant l’épaisseur et la longueur du métal à découper, la température et la profondeur de l’eau, le nombre de poissons au m³, j’arrivai à calculer grâce à une formule savante que j’avais besoin d’une cinquantaine de kilos pour les charges internes destinées à la destructions des têtes de puits et d’une vingtaine de kilos pour la charge de découpage destinée à couper l’espar.

L’achat et la mise en œuvre d’explosifs sont dans la plupart des pays soumis à une réglementation très stricte et bien entendu il en était de même ici au Cameroun.

Résultat, cela me donna quelques jours de farnienté en attendant de recevoir les autorisations nécessaires.

La piscine de l’hôtel Ibis était fort accueillante, mais y passer toute la journée, très peu pour moi, je préférais passer ma journée avec mon nouveau pote Henri qui se fit un plaisir de me faire découvrir sa ville et alentour.

Quelques jours plus tard, après avoir reçu toutes les autorisations nécessaires, je fis venir l’équipe de plongée qui allait être composée de José, Yves, André,  3 plongeurs français et d’ Henri et Jean, 2 plongeurs camerounais.

Le 30 novembre, nous embarquions à bord du Cristal Fish qui allait être notre support de surface pour cette opération.

La journée fut consacrée à mobiliser notre matériel de plongée et vers 14h00 tout était arrimé et nous n’attendions plus que les explosifs.

Ils arrivèrent sous haute escorte militaire sur le coup des 16h00 et après les quelques signatures obligatoires, furent aussitôt transférer vers le container de stockage où ils étaient immédiatement enfermés à clef.

17h00, nous étions maintenant prêt à quitter le port de Douala.

Ordre fut donné de larguer les amarres.

La dernière aussière allait être larguée lorsque tout d’un coup un passager clandestin fit son apparition sur le pont sous les traits d’un joli serpent noir et jaune qui aussitôt alla se cacher sous le container de plongée.
 


Voyant cela, un de nos collègues africains ordonna immédiatement à l’équipage de fermer les portes des coursives pour empêcher le serpent d’entrer dans le bateau où il aurait été très dur de le repérer.

De notre coté, nous tentions avec beaucoup de prudence de déloger le monstre de son emplacement à l’aide d’une gaffe.

Après plusieurs minutes d’essai, l’animal effrayé se décida enfin à bouger pour maintenant aller se lover dans un des narghilés de plongée.

De son coté, le tonton commença à s’impatienter car le temps commençait à compter et il ne fallait pas louper la marée.

Il fut dès lors décider  d’utiliser les grands moyens.

La lance à incendie du bord fut mise en œuvre et finalement le dangereux reptile fut envoyé par-dessus bord.

Ouf, la dernière amarre pouvait maintenant être larguée et notre supply boat appareiller pour la pleine mer.

Après une douzaine d’heures de navigation nocturne, nous arrivâmes sur le site pétrolier, juste à l’heure du petit déjeuner. Une fois ce dernier avalé, nous pouvions maintenant commencer à déployer le matériel de travail.

Notre bateau avait le pont arrière trop court pour pouvoir hisser les pièces  à bord une fois qu’elles auraient été sectionnées et donc il avait été décidé de les remorquer lentement une par une sur le fond jusqu’à la zone de largage en eau profonde.
 


C’est pourquoi cette première journée fut consacrée à sécuriser ensemble les divers casings de la tête de puits de manière à ne pas perdre des morceaux en route.

Durant l’après midi une partie de l’équipe s’attela à préparer le remorquage du lendemain, tandis que José et moi pouvions maintenant commencer l’assemblage de la première charge concentrée.
 


A 17 h, tout était prêt pour le tir.

Je pris alors contact avec le responsable du champ en lui informant que nous étions prêts, et que la mise à feu était confirmée pour le matin 8h00.

Le lendemain, debout à l’aube.

La nuit avait été très calme et ce matin la mer était belle et plate comme un miroir.

Aussitôt, je m’informai des conditions météos.

Parfait, aucun risque d’orage prévu pour la matinée, je pouvais donc lancer l’opération.

Je repris aussitôt contact avec le chef du champ pour lui préciser que nous allions nous mettre en silence radio à partir de 7h00.

Ceci me laisserait alors une heure pour installer ma charge et brancher mon circuit de tir sans risquer de me faire péter la gueule à cause d’une onde parasite quelconque susceptible de déclencher mes détonateurs basse intensité.

7h30, tout était prêt, ma charge de 50 kg se trouvait bien dans le tube central à environ 3 m sous la vase et il ne me restait maintenant plus qu’à raccorder mes deux détonateurs sur le cordeau détonant.

Pourtant, un truc commença à m’intriguer.

Quant j’avais commencé à mettre en place la charge, la mer à l’exception de notre bateau et des plates formes qu’on voyait au loin était absolument déserte, et maintenant une demi-heure plus tard cela grouillait de barcasses de pêche qui avaient probablement été informée par le tamtam de brousse qu’une pêche miraculeuse allait avoir lieu ce matin.
 


Que pouvais-je faire, attendre qu’ils déguerpissent, certainement pas car maintenant qu’ils étaient informés pour sûr, ils ne partiraient pas.

Résultat, je terminai mon raccordement électrique, puis descendis de la structure pour rejoindre le zodiac dans lequel m’attendais José et Henri.

Lentement, pendant que je déroulai la ligne de tir, notre canot se mit en route vers le supply boat qui se trouvait déjà en dehors de la zone dangereuse.

Au cours de la préparation de cette opération, j’avais calculé que ma charge explosive produirait une onde de choc sous marine qui allait être dangereuse sur une distance d’environ 570 m et manifestement un grand nombre de pirogue se trouvaient à l’intérieur de la zone de danger.

De plus, n’aillant rien d’autre à faire qu’attendre, bon nombre de pêcheurs faisaient la sieste couché dans leur embarcation avec bien souvent les pieds et mains trempant dans l’eau.

Aussitôt à bord, je demandai au tonton de les informer du risque à l’aide du mégaphone.

Pas de réaction, nouveau message en anglais et en Pidgin, rien, nada, ces sacrées bourriques ne daignaient bouger.

Quant à moi pas question de mettre à feu dans ces conditions.

Résultat, j’autorisai le tonton à rompre le silence radio pour informer le chef de champ de la situation et lui signaler que pour pouvoir disperser les bateaux  il fallait nous envoyer une force d’intervention pour chasser l’ennemi.

Celle-ci composée d’une vedette rapide de la marine Camerounaise ainsi que de plusieurs vedettes rapides de la SURF travaillant sur le site arriva une vingtaine minutes plus tard.

Malgré les injonctions, très peu de pécheurs bougèrent.

Le reste ne put finalement être chassé qu’à l’aide des canons à eau.

C’est ainsi, que durant cette bataille rangée, je dus choisir le meilleur moment pour tirer.
 


Comme prévu, il y eu une faible onde acoustique suivie immédiatement par une énorme colonne d’eau d’une vingtaine de mètre de hauteur.

Puis à peine quelques secondes plus tard, se fut la ruée fantastique.

Toutes les pirogues se mirent en route et foncèrent vers la zone où déjà des dizaines de poissons frais commencèrent à remonter en surface.

Pour nous, la première partie de la mission était remplie.

La tête de puits gisait maintenant couchée à plat sur le fond et il ne nous restait plus qu’à la tirer vers la zone de largage.
 


Le découpage de la seconde structure se déroula aussi bien que la première, mais cette fois nous avions pris soin de demander la présence de la force de dissuasion à temps pour éviter les surprises.

 


Après plusieurs heures de remorquage, le second tube fut balancé sur le site dit du « Roger Butin »  à proximité du premier où ils servent maintenant de refuge à de délicieuses langoustes et poissons.

Quelques jours plus tard, j’étais de retour à Douala avec Yves et André qui devaient rentrer en France le soir même, tandis que moi  je restais à terre pour préparer un nouveau chantier.

Comme c’était la veille du week-end, je me dis que j’allais probablement être tranquille pendant deux jours et donc pouvoir en profiter un peu pour passer une soirée agréable.

Manque de bol, car en début de soirée, je reçu un appel téléphonique du bureau local, m’informant que mon collègue José qui était resté en mer avec une autre équipe de plongeurs demandait mon assistance ; Désiré, un des plongeurs camerounais avec qui il travaillait venait en effet d’avoir un grave accident de décompression.

Aussitôt, avec l’assistance du directeur de l’agence locale nous tentions de persuader le responsable du champ, d’affréter un hélico pour nous envoyer sur la barge.

Celui-ci était un peu rétissant car les vols de nuit n’étaient pas autorisés sur le champ.

Mais finalement après pas mal de tergiversation et vu la gravité de la situation, il acquiesça et donna son feu vert.

Aussitôt, nouveau coup de téléphone à l’héliport pour les informer de la situation, mais nouveau problème.

Comme les vols de nuit n’étaient pas prévus, il n’y avait aucun pilote en stand by et comble de malchance, la plupart d’entre eux étaient occupés  à festoyer et avaient déjà pas mal abusé de la bouteille ce qui n’était pas très rassurant pour voler.

Résultat, pour assurer le coup, nous vîmes arriver à l’héliport deux demi-pilotes qui nous invitèrent à prendre place dans l’hélico.

En effet, bien qu’Yves et André avaient à prendre l’avion dans la soirée, je leur avais demandé de m’accompagner à bord de la barge car vu le type d’accident, le traitement thérapeutique risquait d’être assez long et il y aurait pas mal à faire.

De plus, Yves Langouet avait lui-même suivi une formation de caisson master ce qui n’était pas négligeable vu la situation.

Une fois installé, les pilotes démarrèrent la check-list, et à 21h00 précise l’hélico décolla.

Après une demi-heure de vol la Bos 300 était en vue et peu de temps après, nous débarquions sur la piste hélico.

Sur place, José avait conformément aux symptômes rencontrés, commencé une table de recompression CX 30.

Notre pauvre plongeur camerounais avait en effet eut un problème neurologique dès sa sortie de l’eau et sombré dans l’inconscience peu de temps après.

Manque de bol pour lui, le client les avait envoyé plonger sur un site se trouvant à bonne distance de la barge où se trouvait le caisson et donc notre malheureuse victime avait perdu ainsi près d’une heure avant d’avoir pu être recomprimer à 30 mètres.

Désiré repris connaissance dans le caisson, mais malheureusement il présentait une paraplégie des membres inférieurs.

Aussitôt sur place, nous avons repris le traitement en cours de manière à ce que José puisse déstresser un peu de ce qu’il avait du subir depuis plusieurs heures.

Tout au long du traitement thérapeutique, les plongeurs présents se relayèrent à tour de rôle pour assister l’infortuné plongeur.

A l’issue du traitement,  Désiré put à nouveau se tenir debout, mais avec pas mal de difficulté.

Entre temps, de mon coté j’avais déjà été en contact radio à plusieurs reprises avec notre médecin à Marseille afin de le tenir au courant de la situation.

Au vu de ce que je lui racontais, il me conseilla d’encore consolider le traitement par une série de recompressions supplémentaires étalées sur la semaine, mais comme il n’y avait aucun caisson thérapeutique à Douala, je fus condamné à passer la semaine sur la barge assisté par mon collègue José.

Les diverses recompressions améliorèrent encore légèrement l’état général de notre collègue africain, mais malheureusement il présentait toujours une rétention d’urinaire et les pertes d’équilibre étaient encore fréquentes.

En fin de semaine, Désiré fut transféré vers un hôpital de Douala où il séjourna encore quelques semaines.

Pour nous remercier José et moi étions invités à faire la fête pour un soir par notre responsable d’agence avant de rentrer en Europe.

Quelques jours plus tard, notre copain Henri nous raccompagna à l’aéroport.

C’était la dernière fois que je le vis car il disparu malheureusement en plongée quelques années plus tard.

  

Conclusion :

Quant l’heure est là, elle est là.

 

Papy One

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commentaires

audrey 07/08/2013 10:55

Bonjour et merci !
Je suis Audrey la fille de José Henrion, et je vous remercie infiniment de ce témoignage !

Sandy 17/04/2009 09:42

Bonjour,

eh béh... entre le passager clandestin, les pêcheurs et l'accident, ça a été une sacrée plongée!!! Les photos sont super!

Bonne journée
Sandy

Papy One 26/04/2009 14:57


C'est vrai Sandy, malgré la fin qui est un peu plus triste, cette histoire est bien gravée au fond de mon petit cerveau et reste pour moi un bon souvenir.
A+
Francis


Vito 11/04/2009 23:34

Tiens c'est curieux ça, Nov.1990 :
Toi au Cameroun & moi au large d'IJMUIDEN champ d'Elf, ayant plongée pour D.U.C Diving Urk-Holland à bord du "THOMAS DE GAUWDIEF" (Supply).
Vous utilisiez les explosifs en Afrique & Nous les coupes tubes hydrauliques rotatifs, une super invention, trop extra...!!! (j'ai des photos, si tu veux).
J'apprécie le clandestin...!! Et aussi, le plongeur secours en tenue de combat...Loll
Après ça, tu dis que tu n'as pas de photos...le peu que tu as, elles sont super, crois moi.
Une PENSEE pour COPAIN-HENRI.
Je te souhaite une BONNE PÂQUES.
Papy Vito...!!!

Papy One 12/04/2009 18:56



Bonne Pâques à toi aussi Papy Vito (et oui c'est mieux que Papy four ) et ne manges pas trop de chocolat car tu sais à nos ages on doit commencer à faire gaffe.
Bien sûr que tes photos m'intéressent. Est-ce que c'était déjà le découpage au jet abrasif ou purement une découpe mécanique ?
Pour le plongeur secours en bouteille, il n'y avait que 5 m d'eau et de plus c'était notre super plongeur José qui allait mettre la charge en place autour d'un tube bien lisse où il ne fallait
que tirer sur le narghilé pour le remonter en cas de problème.
Dire que lui aussi nous a déjà quitté depuis bien longtemps, qui sait, peut être qu'Henri et lui se marre bien là haut en lisant les conneries que j'écris dans mon blog.
A+