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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 20:29

 Photo : L'étrave de l'épave

Durant les années 80 une très grosse tempête avait provoquée l’échouage et la perte de plusieurs navires dans les eaux Algériennes.

Plusieurs épaves gisaient dans le port d’Oran et une autre avait coulé devant la rade d’Alger.

Comme cela représentait un risque pour la navigation, un marché d’enlèvement d’épave avait été lancé et se fut la société pour laquelle je travaillais à l’époque qui avait remporté le marché.

En 86, toutes les épaves avaient été enlevées et il ne restait plus maintenant que celle du MINISEA qui gisait sur son flanc tribord à - 24 mètres de profondeur aux abords d’Alger la Blanche.

Diverses méthodes de récupération avaient été étudiées mais à cause du type de navire, il s’avéra rapidement que même après obturation de toutes les ouvertures, un renflouage faisant appel au forces de flottabilité internes de l’épave n’aurait pas été possible car le volume des compartiments pouvant servir au gonflage ou au pompage étaient inférieurs au poids du bateau.

La solution qui fut dès lors retenue était celle qui consistait à découper l’épave en 3 tronçons d’environ 500 T.

Le MINISEA était un minéralier qui au moment de sombrer, était chargé de minerai de plomb.

La première des opérations consistait dès lors à en extraire un maximum, de manière à  alléger le bateau, mais également afin de pouvoir dégager les zones où allait avoir lieu les découpes.

Cette première phase de travail avait déjà débuté quelques semaines avant mon arrivée sur le chantier et lorsque j’arrivai à bord une grande partie des minerais avait déjà été récupérée.

Le support de surface sur lequel j’arrivai le 8 janvier 87 et sur lequel j’allais travailler durant les quelques semaines à venir était la Comex II, une bigue dont les installations étaient loin d’avoir le confort de certaines barges offshore.

En effet, les containers cabines dans lesquels nous étions logés n’étaient plus trop étanches et par mauvais temps il était courant de devoir mettre en place quelques récipients pour récupérer l’eau de pluie. Mais l’inconfort des cabines était compensé par le bien mangé car le chef - coq était un véritable cordon bleu et la bouffe dépassait de loin ce que j’avais déjà mangé ailleurs.

A bord, il y avait 12 personnes, composés entre autre d’un chef de barge, le chef - coq, cinq  hommes de pont, un chef plongeur et quatre plongeurs plus également notre mascotte le chat Félix.

Tout ce petit monde formait un groupe très uni où la bonne humeur (à l’exception de quelques coups de gueule de notre C.O.H Michel) était de mise.


Le second jour de mon arrivée à bord, était dévolu à faire une reconnaissance complète de l’épave de manière à bien prendre mes repères car bien que nous fussions en Méditerranée, la visibilité n’était pas très bonne.

Il est vrai que nous étions en plein hiver, et à cette époque de l’année, la mer était souvent mauvaise à tel point qu’à plusieurs reprises nous avons du nous mettre en stand by météo.

L’eau également n’était pas très chaude puisqu’elle tournait au environ de 8° C ce qui pour le frileux que j’étais n’étais pas très amusant.

De plus, le chef de projet n’avait prévu que des tenues de plongée humide de 6 mm, résultat dès la seconde plongée je m’étais trouvée une deuxième veste néoprène, ce qui me permettait de faire mes 120 minutes sans trop souffrir.

Pour les 48 minutes de paliers que nous avions ensuite à faire, nous avions heureusement réussi à brancher un flexible sur le ballon de la douche qui nous envoyait de l’eau chaude sous le néoprène.

Au début, mes plongées consistaient à découper des panneaux de cale de manière à avoir accès aux derniers mètres cube de minerai qui étaient ensuite pompés à l’aide d’une pompe Toyo.

Puis, une fois tout le minerai enlevé, nous avons commencé à découper l’épave latéralement d’un bord à l’autre.

Pour cela, la découpe de nombreuses fenêtres  était nécessaire pour que nous puissions avoir accès à toutes les structures.

Le découpage se faisait à l’électrode ultra-thermique et il va s’en dire que nous prenions particulièrement soin à pratiquer bon nombre d’ouverture pour permettre l’évacuation des gaz explosifs.

En même temps, il fallait toujours prendre garde à se positionner correctement car l’ensemble des structures était sous tension, et il n’était pas rare de voir les tôles s’écarter brutalement de plusieurs dizaines de centimètre lorsqu’on arrivait en fin de coupe.


Le 26 janvier, nous avions déjà bien avancé dans nos travaux et nous allions commencer le découpage d’une nouvelle section.

C’était le jour des relèves et deux des plongeurs attendaient la vedette qui était annoncée dans les prochaines minutes.

Mais les minutes s’allongeaient  et toujours rien à l’horizon.

Notre chef commença à s’impatienter à tel point que vers 9 heures il décidât de faire plonger Olivier avec moi comme plongeur – secours.

Le plongeur s’équipât et démarra sa plongée par la mise en place de la main courante.

Comme à l’accoutumée, moi j’étais complètement prêt en secours, mais malheureusement ce jour là je fus pris d’une envie soudaine et dû quitter le poste de plongée pendant un certain temps.

Lorsque je revins sur le pont, j’étais simplement habillé de mon pantalon néoprène et de mes chaussons.

Je venais d’arriver au poste de plongée, lorsque tout d’un coup, un grand BOUM secoua le ponton.

Immédiatement je compris qu’Olivier venait de se faire sauter la gueule.

Au téléphone, il n’y avait plus signe de vie et bien sûr les deux autres collègues s’étaient déjà jetés sur le narghilé pour essayer de remonter le plongeur mais celui-ci coinçait.

Que pouvais-je faire ? Continuer à me rééquiper comme le voulait le chef, c'est-à-dire remettre ma veste, le biberon - secours, le narghilé et le facial : pas question, cela aurait prit trop de temps.

Donc la seule chose que je fis, fut d’enfiler mes palmes, prendre une bouteille de plongée, un masque et me jeter à l’eau.

BRRR !!! Qu’est-ce qu’elle était froide sans veste, mais de toute façon pas question d’arrêter.

En suivant le narghilé, je me disais qu’il était probablement trop tard pour Olivier, car avec une explosion pareille il devait y avoir peu de chance qu’il n’en réchappe.

Arrivé au fond je pus rapidement le localiser dans la cale et grâce à dieu (ou à la chance) vis qu’il respirait encore.

Une fois sur lui, je m’aperçu qu’il était complètement groggy et comme le prescrit la procédure, je lui ouvris le free-flow.

Il ne restait maintenant plus qu’à le sortir de la cale de manière à pouvoir le remonter.

Je sentais qu’en surface l’équipe s’occupait du narghilé et dès que celui-ci fut libre, l’on commença à remonter le plongeur.

Evidemment, en surface il n’était pas au courant de l’état du plongeur et le début de la remontée fut un peu trop rapide à mon goût.

Tant et si bien que je dus envoyer un signal stop sur le narghilé.

Immédiatement, la progression s’arrêtât.

Mon nouveau signal de 3 coups fit reprendre la remontée à une allure (plus) normale.

Durant la remontée, je pus observer mon collègue et vis que celui-ci avait rouvert les yeux et me regardait en ce demandant sans doute ce qui lui était arrivé.

Une fois en surface, la sortie de l’eau ne fut pas des plus facile car bien qu’à nouveau conscient, le plongeur était  incapable de remonter à l’échelle de plongée et je fus obligé d’attacher une corde à son harnais.

Trois personnes furent ensuite nécessaires pour le hisser hors de l’eau.

Moi de mon coté, j’étais content de pouvoir sortir de l’eau, car bien que je n’étais resté qu’environ 3 – 4 minutes dans l’eau froide, je commençais à me les geler.

En surface, Eric s’afférait à enlever le casque du plongeur accidenté et au bout de quelques secondes, Olivier, pouvait à nouveau respirer à l’air libre.

Son regard était encore hagard, mais il était maintenant tout à fait conscient et répondait à nos questions.

Pendant un moment, nous avons pensé à le mettre dans le caisson de recompression  mais comme il n’avait plongé qu’une quinzaine de minutes et comme la vitesse de remontée avait été plus ou moins normale nous ne l’avons finalement pas fait.

Il a simplement été emmené à l’infirmerie où le paramédic a fait les premières auscultations.

Apparemment, il n’y avait aucune fracture, mais le plongeur se plaignait d’un mal d’oreilles et souffrait de vertige.

Bien que les signes externes ne paraissaient pas trop graves, il fallut néanmoins penser au risque d’une éventuelle hémorragie interne qui aurait put être provoquée par la force de l’explosion.

C’est pourquoi, le chef de barge avait également alerté les secours à terre et il fut décidé d’évacuer le blessé avec la vedette de la relève qui était maintenant arrivée à couple de la bigue.

Une fois le blessé évacué, nous avons vérifiez le matériel de plongée et là, nous avons pu constater qu’à cause de la force de l’explosion, le fil téléphonique avait été à moitié coupé au niveau du presse-étoupe ce qui explique pourquoi le chef d’équipe avait perdu les communications sitôt après l’explosion.

En fin de matinée, tout le monde avait un peu décomprimé du stress de l’accident.

Les deux nouveaux plongeurs avaient eu le temps de s’installer dans leur cabine et étaient maintenant prêt à reprendre le flambeau.

Quant à moi, j’avais passer un bon moment sous la douche afin d’avoir une température corporelle suffisante pour reprendre la plongée avortée de notre pauvre collègue.

Il va s’en dire qu’une fois arrivé au fond, je pris plus d’un quart d’heure pour analyser ce qui c’était passé.

La découpe qu’Olivier devait réaliser consistait en une ouverture dans la salle des machines au droit de la barre de secours de manière à pouvoir y installer une élingue de relevage.

Apparemment ce fut au moment d’amorcer sa première électrode pour faire le trou d’évacuation des gaz que l’explosion s’était produite.

Donc la seule explication possible à cette explosion fut que cette cale contenait une poche de gaz explosif provenant sans doute des produits stockés dans la salle des machines.

Il fallait pourtant que maintenant moi aussi je continue le perçage de ce premier trou d’évacuation et j’avais beau me dire qu’en principe tout le gaz présent dans la cale avait du être consumé par l’explosion, je ne put m’empêcher de griller ma première baguette à bout de bras et en détournant la face de manière à éviter une éventuelle explosion frontale.

Après 35 secondes de combustion sans problème, je fus rassuré et commençai à découper comme à l’accoutumée.

Plus tard dans la journée, nous apprîmes qu’Olivier souffrait de nombreuses contusions, avait les deux tympans percés mais heureusement n’avait eut aucune hémorragie interne.

Le reste du chantier se déroula avec les petits problèmes habituels rencontrés dans ce genre de chantier et le 22 février, le dernier morceau d’épave était largué en haute mer en même temps que la dépouille de notre malheureux Félix qui avait accidentellement trouvé la mort en se reposant dans un des treuils de maintien de la barge.

 

Conclusions :

Ne jamais plonger sans plongeur – secours.

Connaissez les signaux de traction.

Ayez un système de récupération plongeur en surface.

 

Papy One


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commentaires

Vito 23/02/2009 21:15

Personnellement, j'ai toujours eu une conscience professionnelle en tant que plongeur-secours...
Ce qui n'était pas le cas de pas mal d'entre eux.
Sympa cet article..!!!