Plongeur-Scaphandrier durant de très très nombreuses années, j'en ai vécu des choses sous eau et ailleurs. POUR VOIR TOUT LES ARTICLES PUBLIES ALLEZ AU BAS DE LA PAGE ET CLIQUER SUR TOP ARTICLES. TO SEE ALL THE STORIES GO AT THE BOTTOM OF THE PAGE AND CLIC ON TOP ARTICLES
Lorsque j’étais un jeune chef d’équipe je m’efforçais d’organiser assez régulièrement des exercices de sécurité afin de pouvoir tester mes réactions mais également celles de mon équipe en cas de situation critique.
La plupart de ces exercices consistaient à récupérer le plongeur en soit disant difficulté.
Généralement, je choisissais la fin d’une plongée sans palier pour réaliser le test et pour cela je demandais au plongeur de se coincer quelque part dans la structure et d’ensuite appeler pour de l’aide.
L’exercice consistait alors à envoyer le plongeur secours pour libérer le plongeur et le ramener à la surface où il devait être pris en charge et être rapidement amené au caisson pour une recompression thérapeutique fictive.
Ces drills étaient toujours plein d’enseignements et étaient parfois si réalistes que l’on avait du mal à sortir du jeu.
La plupart du temps j’informais chacun sur la barge qu’un tel exercice allait avoir lieu au cours du poste, mais un jour j’oubliai d’avertir une autre barge qui se trouvait non loin de nous et sur laquelle il y avait des plongeurs anglais.
Lorsqu’ils virent notre supposé plongeur accidenté pendre dans la grue, les gars de l’autre barge
(photo internet)

dépêchèrent immédiatement leur zodiac avec une équipe de plongeurs pour nous prêter assistance.
Ils furent un peu étonnés mais également rassurés lorsque je leur dis que ce n’était qu’un test de récupération.
Une autre fois, lors d’un séjour au Nigeria, je voulais tester mon équipe, mais, également le personnel de la base d’Escravos.
Nous étions alors le 10 décembre 91 et cette fois, je demandai à un de mes plongeurs Nigérians de simuler un accident de type II plus ou moins 3 heures après sa plongée et cette fois personne à part lui et moi n’était au courant de ce qui allait se passer.
Toutes les plongées de la journée avaient été réalisées et nous attendions que le soudeur termine son boulot.
En attendant, j’étais occupé à remplir mon rapport journalier lorsque soudainement un plongeur entra dans ma cabine et m’informa qu’il y avait un gros problème avec (appelons le) Godwin car il s’était écroulé sur le pont.
Je me rendis aussitôt sur le pont et vis que “la victime” qui gisait là devant moi présentait une paraplégie accompagnée de problème d’élocution.
Immédiatement, je fis rassembler l’équipe des plongeurs sur le pont pour donner un coup de main pour le transfert vers le caisson.
Notre plongeur était si bon comédien que personne ne doutait de la véracité de l’accident.
Une fois installé dans le caisson, celui-ci fut mit en pression et je demandai alors à Bruno l’accompagnateur de démarrer le traitement médical qui devait débuter par une injection intramusculaire dans le quadrant extérieur de la fesse.
Jusqu’à présent, notre victime était plutôt mal en point, mais à la vue de l’immense aiguille un miracle se produisit et notre Godwin fut immédiatement sur pied à la grande surprise du restant de l’équipe.
A ce stade de l’exercice, je mis les plongeurs au parfum mais leur demandai de continuer à jouer le jeu afin de pouvoir tester le restant de l’organisation.
Je laissai le caisson sous la supervision de Mathias le second ex pat et allai à la salle radio pour prévenir Charlie One qui était notre responsable à la base d’Escravos.
Lorsque je l’eu à la radio, je lui expliquai que nous avions un sérieux problème à bord qui nécessitait un traitement thérapeutique de type II pour lequel je souhaitais la présence du médecin de la base comme c’était d’ailleurs prévu dans la procédure d’urgence.
Tout en lui demandant d’organiser le transfert du toubib le plus rapidement possible, je lui demandai aussi de m’appeler avant le départ de l’hélico.
Puis je coupai court à la conversation en prétextant que je devais retourner au caisson.
A bord, tous le monde s’inquiétait de l’état de santé de leur compatriote et donc je leur répondis qu’il était en de bonnes mains.
Peu de temps après, Charlie One me rappela et m’informa que le médecin refusait de se rendre à bord pour rentrer dans le caisson, mais qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre et qu’il était prêt à me l’envoyer.
A ce stade, je lui dit qu’il pouvait tout arrêter parce qu’en fait tout ceci n’était qu’un exercice.
Il y eut un grand silence à la radio, puis il me demandât si je plaisantais.
Lorsque je lui dis que non, il y eut une sorte de grognement et la radio se tut.
Plus tard, j’appris que mon exercice avait fait pas mal de remue-ménage à la base et que suite à son refus le toubib avait été viré.
Quelques jours après, la barge rentra à terre pour quelques heures et le chef de base en profita pour me convoquer.
Pas très rassuré, je me rendis à son bureau en pensant avoir droit à un savon de première, mais bien au contraire il me dit qu’il avait apprécier le fait que je fus si concerné par la sécurité, mais il me demanda malgré tout à l’avenir de l’informer à l’avance de mes idées farfelues, ce que je fis.
Une chose est certaine, c’est que ces exercices de sécurité étaient à chaque fois une source de renseignements qui permettait de corriger pas mal d’erreurs.
Conclusion :
On s’aperçoit que la sécurité en plongée offshore est bien plus rigoureuse que celle que l’on applique sur les chantiers TP.
En offshore, on est conscient du risque et on fait tout pour essayer de le limiter au maximum en drillant le personnel à réagir correctement.
En TP au contraire on pense que le risque n’existe pas et en général on se fout pas mal de la sécurité.
Dommage que les inspecteurs habilités à contrôler les chantiers ne fassent pas effectuer ce genre d’exercice à l’improviste, on pourrait rigoler un peu et au moins quelques rapports négatifs pourraient à (très long) terme changer les choses.
Papy One
Est-ce que par hasard Papy One serait aigri ?