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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 20:24

Photo internet : Face avant d'un tunnelier

 En septembre 96 veille du week-end mon patron de l’époque m’informe qu’il avait reçu  un appel d’Allemagne lui demandant s’il pouvait fournir d’urgence 3 plongeurs découpeurs/soudeurs, pour faire un dépannage à Berlin où une grosse entreprise de construction française avait un problème d’avancement dans le fonçage horizontal d’un tunnel.

N’ayant encore jamais visité cette ville, je me portai volontaire et proposai de contacter deux autres gars pour partir avec moi.

Le lendemain, avec Jurgen et Jean–Michel, nous voilà en route pour le chantier où nous étions attendus pour démarrer le travail le soir même.

Une fois arrivé, nous fumes dirigés vers le guest house puis sur le coup de 20h00 briefing au bureau du conducteur de travaux pour nous faire expliquer la nature des travaux.

Ici il ne s’agissait pas de travailler dans l’eau comme  à l’accoutumée, mais au sec et sous pression dans la partie avant d’un tunnelier.

Ce genre de grosse machine, un peu identique à celle qui a creusé le tunnel sous la Manche est poussée dans le terrain naturel par d’énormes vérins hydrauliques en même temps qu’une grande roue dentée désagrège le terrain en avant du bouclier.
 


Avant le début des travaux de construction du tunnel, des sondages pratiqués dans le terrain avaient démontrés que celui-ci était de nature sablonneuse ce qui  laissait supposer que l’avancement du tunnelier se ferait sans difficulté majeure.

Malheureusement pour l’entreprise, ce ne fut pas tout à fait le cas car après une progression de 3 kilomètre sous terre, la machine refusa obstinément d’avancer.

Au cours de leur investigation, les ingénieurs avaient put constater que ce qui bloquait la progression n’était ni plus ni moins qu’un morceau de roche qui se trouvait dans l’axe de la trajectoire du futur conduit.

Evidemment, savoir ce qui bloquait l’engin était une chose, mais maintenant il fallait l’évacuer de devant la machine à creuser et pour cela pas question de sortir du tunnelier pour casser la roche.

Non, comme nous étions dans une enceinte close et de surcroît sous pression pour éviter l’effondrement du terrain, il fallait pouvoir accéder à l’obstacle par l’intérieur.

C’est pourquoi on avait fait appel à nous, car pour y arriver, il fallait d’abord découper un trou dans le tablier métallique au droit de la zone de contact.

Un même découpage réalisé à la pression atmosphérique n’aurait présenté aucune difficulté et le trou dans la tôle d’acier aurait été réalisé en quelques heures.

Mais ici, la pression de travail était de 3,2 bars (kg/cm²) ce que l’on peut comparer à une profondeur d’eau de 32 mètres et de ce fait il fallait particulièrement prendre garde au risque d’incendie.

En effet, il faut savoir que plus la pression augmente, plus la pression partielle de l’oxygène contenu dans l’air que nous respirons augmente également ce qui a comme conséquence d’accélérer la combustion des choses.

C’est pourquoi, le découpage en hyperbarie sèche ne peut pas se faire avec un chalumeau classique ni avec des Brocos car l’apport d’oxygène  ferait rapidement monter le pourcentage de celui-ci au-delà de 25 % augmentant alors très rapidement le risque d’un flash mortel.

Ce type d’accident c’était d’ailleurs malheureusement déroulé en Belgique quelques années plus tôt, provoquant la mort instantanée des personnes présentent dans l’enceinte sous pression.

Ici comme la tôle que nous devions découper faisait tout de même 6 cm d’épaisseur, j’optai pour un découpage électrique à la baguette arcair + soufflage à l’air comprimé ce qui à l’époque était un des moyens les moins dangereux.

Mais comme le risque n’était pas nul, j’exigeai malgré tout qu’un assistant équipé d’une lance à eau devait se tenir prêt à intervenir à la moindre alerte durant toute l’opération de découpage.

En tant que chef d’équipe, je proposai de faire la première incursion afin de démarrer les travaux qui allaient durer environ 72 heures.

Afin d’éviter les brûlures dues aux projections de métal en fusion, je m’équipai entièrement de la tête au pieds de la traditionnelle tenue en cuir du soudeur et me voilà fin prêt à aller au boulot.

La mise sous pression se déroula sans problème.

Une fois à la profondeur requise, nous passâmes l’assistant et moi de l’autre coté du sas.



La partie métallique que je devais découper se trouvait a raz du sol, et avait été marquée à la craie par un des tubistes de l’équipe descendante.

Comme l’espace dans lequel je devais travailler était assez exigu, je proposai à mon assistant allemand de se tenir sur la petite passerelle par laquelle nous avions accéder au bouclier.

Après m’être bien installé je commençai la découpe.

Celle-ci était relativement lente car pour percer une telle épaisseur, il fallait tirer des passes et des passes d’électrodes.

Je découpais maintenant depuis environ 1 heure et j’étais arrivé à un point où je devais changer de position en me couchant pratiquement sur le fond afin d’avoir accès à ma ligne de coupe.
 


Le problème, c’est que le fond était recouvert d’une épaisse couche de boue bentonite et donc si je me couchais dedans ainsi, j’allais rapidement mouiller ma combinaison de cuir et donc augmenter le risque d’électrocution vu que l’outil que j’utilisais fonctionnait à l’électricité.

Que faire? Pas difficile : je demandai à mon surveillant de bien vouloir me passer un ciré intégral traînant dans le sas et que j’enfilai aussitôt.

Equipé de celui-ci, je pouvais maintenant carrément me coucher dans la boue et reprendre ma découpe.

Celle-ci se passa à nouveau sans problème pendant environ une dizaine de minute.

Puis pendant que je découpais, il me semblait voir dans le reflet de mon casque de soudage, que des flammes provenaient d’un autre endroit que la coupe.

Aussitôt, je stoppai mon découpage, redressai la visière de mon masque et horreur ! vis que la jambe gauche de mon pantalon était en flamme.

Immédiatement je tentai de l’éteindre en tapant dessus avec mes gants de cuir.

En même temps, je me dis « mais qu’est-ce qu’il attend ce con au-dessus de moi pour actionner sa lance à eau ».

Tout en gueulant je relevai la tête et « Au secours », vis qu’il n’y avait plus personne en haut.

Je sentais maintenant que le feu avait progressé et probablement consumé une partie de ma tenue en cuir car tout d’un coup, une douleur vive irradia mon genou.

Désespérément je continuais encore à taper sur les flammes mais sans résultat.

Ne voulant absolument pas finir en torche vivante, je fis la seule chose qui me restait à faire.

D’une roulade, je me retournai et enfonçai la jambe dans la boue.

L’effet fut immédiat, la flamme s’éteignit alors qu’en même temps je reçu une douche de l’autre idiot du dessus.

Après l’avoir engueulé comme du poisson pourri, je me remis debout et lui demandai de me rincer afin de constater les dégâts.

Mon ciré avait complètement fondu sur la jambe gauche, le pantalon de cuir avait été salement attaqué par les flammes mais il recouvrait encore mon genou ce qui m’empêchât de voir l’état de ma blessure.

De toute façon, j’étais maintenant trempé des pieds à la tête donc plus question de continuer à travailler dans ces conditions.

Heureusement sans cet incident, il ne me serait resté qu’une vingtaine de minute à faire donc le client n’allait pas trop râler que la plongée soit écourtée.

Via le téléphone, l’allemand informa la surface de la situation.

Aussitôt celle-ci nous fit passer dans le sas où nous entamions alors notre lente décompression vers la surface.

Mon assistant était vraiment confus, il ne savait pas quoi dire pour s’excuser.

En fait, il était simplement passer dans le sas pour boire un coup au moment où l’incident arriva.

Evidemment, il aurait du m’informer de son absence, et moi je me serais alors arrêter de découper pendant une à deux minutes.

Pourtant, le plus gros fautif dans cette histoire c’était bien moi, car en enfilant ce ciré j’aurais dû me rappeler que ce type de vêtement n’était pas du tout ignifugé.

La décompression dura une centaine minutes, ce qui me laissa le temps de me déshabiller et de constater la gravité de la brûlure.

Eh oui, pas mal, une belle brûlure au second degré sur environ 152,5 cm².

Pour atténuer les effets de la douleur, je me fis envoyer quelques bouteilles d’eau via le sas afin d’irriguer la plaie.

La décompression se déroula sans autre problème.

A la sortie du sas un médecin m’attendait déjà pour me soigner, tandis que le conducteur des travaux s’inquiétait  qu’il faille faire appel à un remplaçant.

Le diagnostic du toubib était assez sévère car il considérait que la blessure était sérieuse et me conseilla de rentrer en Belgique, mais si je faisais cela, je devais alors ramener les 2 collègues avec moi, et là je mettais le client dans l’embarras.

Donc je décidai de rester.

Le médecin me conseilla alors, pour éviter l’infection, de me mettre un bandage étanche avant chaque mise en pression et évidemment je suivis son conseil à la lettre.

Mais malgré cela, ma jambe me fit souffrir à chaque intervention car j’avais du mal à plier le genou.

Comme prévu, les travaux découpage durèrent encore 3 jours, ce qui permit de suffisamment dégager la roche pour la faire éclater.

Ensuite, deux journées de boulot supplémentaires nous furent encore confiées afin de réaliser des travaux de soudage sur la roue dentée.
 


Une fois notre travail terminé, nous fûmes  congratulés par un client entièrement satisfait de notre prestation et qui pour nous remercié nous fit découvrir le Berlin by night.


Conclusion :

On croit faire gaffe à tout et on oublie parfois ce qui est évident.


 Papy One

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commentaires

Amissi Rehani Jean 12/02/2010 20:07


Francis,
Bonjour. C'est pratiquement plus d'une décenie que je n'ai plus de vos nouvelles, Michelle, Laurent et toi. Depuis trois jours maintenant, je viens de parcourir à travers ton blogue en lisant les
recits percutants de moments émouvants de ta carrière de plongeur que tu es et que j'ai connu à Bujumbura, BURUNDI en 1985, sur ton blogue. Que c'est fantastique et fascinant de te lire ranconter
l'histoire de vie de plongeur, mais aussi de connaître l'histoire de ta profession et de passion pour l'eau. Écris-moi mon email c'est amindugu@gmail.com ou arehatun@shaw.ca.

Bien de choses à toute la famille

Amissi


Papy One 13/02/2010 15:58



Bonjour Jean,
Bien content de te retrouver via mon blog.
Qu'il est loin le chantier du Burundi.
Je t'ai envoyé un email


Francis



Sandy 03/04/2009 20:47

Ben... tu vois que tu as plein d'autres anecdotes à nous raconter!!!! Ce n'est pas tous les jours qu'on croise un Papy kamikaze!!!

Allez, à ton clavier ;-)

Bonne soirée,
Sandy

Papy One 05/04/2009 20:39



Ah non, là je ne suis pas d'accord avec toi.
Un peu fou d'accord, chanceux certainement, mais kamikaze sûrement pas car j'aime trop la vie

Francis


Sandy 30/03/2009 22:05

Bonsoir,

Et que vas-tu nous narrer après tes aventures sur et sous l'eau ?

Bonne soirée
Sandy

Papy One 03/04/2009 20:42



Franchement Sandy je ne sais pas.
Peut être mon saut en parachute pour mes 60 ans, ou l'attaque de cet épervier d'Europe qui en a eut marre que je l'espionne pendant une semaine, ou encore notre atterrissage en catastrophe en
hélico suite à un pépin mécanique.
Non vraiment je ne sais pas car ma vie n'est plus aussi palpitante qu'avant et je n'ai pas envie d'endormir le lecteur.
Pourtant, j'ai intérêt à m'y remettre sinon mon blogRank va chuter à la vitesse V*

A bientôt

Francis



Sandy 26/03/2009 09:49

Bonjour,

En effet, cela aurait pu mal finir!
On pense à tout, on s'entoure de toutes les précautions possibles et imaginables et finalement, c'est le petit détail insignifiant à première vue qui provoque une catastrophe.
Encore une bonne anecdote qui emmène le lecteur !

Bonne journée!
Sandy

Papy One 28/03/2009 21:54


C'est vrai, encore une fois j'ai eu pas mal de chance.
En ce qui concerne mes petites histoires, j'arrive doucement à la fin.
Encore deux petites et ce sera terminé.
A+


Vito 21/03/2009 07:18

Une aventure qui aurait pu se terminé tragiquement...
Heureusement qu'il y eu le "Berlin by Night..!!!
A la prochaine Anecdote mon Ami.
Bon Week-End à Toi.
Amitiés, Vito