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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
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  • : Plongeur-Scaphandrier durant de très très nombreuses années, j'en ai vécu des choses sous eau et ailleurs. POUR VOIR TOUT LES ARTICLES PUBLIES ALLEZ AU BAS DE LA PAGE ET CLIQUER SUR TOP ARTICLES. TO SEE ALL THE STORIES GO AT THE BOTTOM OF THE PAGE AND CLIC ON TOP ARTICLES
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 20:45
Photo : Ma petite plateforme de travail

Au début des années 90 ma compagnie avait gagné un contrat de deux ans au Nigeria et mon boss de l’époque c'est-à-dire celui que tous le monde surnommait le shérif, avait par l’intermédiaire du SERVICE OPERATION décidé de m’envoyer là-bas.

Moi personnellement je n’étais pas trop enchanté de retourner dans ce pays car j’en avais gardé un assez mauvais souvenir suite à un premier chantier réalisé 9 ans plus tôt.

Mais à cette époque, le prix du baril de brut était assez bas et le travail en offshore pour les plongeurs commençait à pas mal diminuer, donc, comme il fallait bien bouffer j’acceptai la mission.

D’un autre coté, ce genre de contrat longue durée était une aubaine car à l’inverse des chantiers au coup par coup, il permettait d’avoir des rotations régulières qui permettaient de planifier sa vie de famille.

Le chantier qui m’avait été confié consistait en majorité à remplacer un bon nombre de risers complètement pourri sur les champs pétrolifères situés au large de la base d’Escravos.

Ma rotation de travail était de 2 mois / 2 mois (travail / récup.), et pour réaliser ce travail mon remplaçant et moi-même disposions d’une équipe composée d’une quinzaine d’hommes de pont locaux et de 6 plongeurs (2 ex pat et 4 locaux).


Notre support de surface était une petite plateforme auto-élévatrice motorisée qui pouvait se déplacer d’un champ à l’autre sans avoir recours aux services d’un remorqueur.

Malheureusement, ce type de barge n’était pas fort grand et dès lors l’espace consacré aux commodités était des plus restreints.

A l’exception du Captain, du client et de moi-même le reste de l’équipage était confiné dans 3 cabines assez exiguës.

La bouffe non plus n’était pas toujours des plus fraîches, la barbaque était souvent décongelé en plein soleil sur le pont et bien souvent les cuistots ignoraient que les aliments ne pouvaient pas être décongelé et recongelé à tire-larigot.

Evidemment, ceci avait l’avantage de ne jamais nous constiper.

Les menus n’étaient pas très variés, mais nous savions que chaque plat avait comme accompagnement de délicieuses petites bébêtes appelées « cafards ».

En effet, la barge pullulait de ces charmantes bestioles que même des décontaminations régulières ne pouvaient pas faire disparaître.

Au début bien sur, ce type d’accompagnement n’était pas très ragoûtant, mais très rapidement on s’y habituait (le cafard grillé n’est pas mauvais du tout et je conseille à tout le monde d’essayer).

 

Mais revenons en au travail.

La méthodologie que nous avions adopté pour le changement des risers était bien rodée et elle se déroulait généralement de la manière suivante :

 

-         Positionnement de la barge en parallèle avec le pipeline sur lequel il fallait travailler.

-         Dévasage et dégagement du pipeline sur une quarantaine de mètres.

-         Découpage du riser en arrière de la jambe de force.

-         Elinguage du riser.

-         Ouverture des clamps de maintien.

-         Relevage et dépose du riser sur la barge.

-         Métrologie pipe / jacket.

-         Mise en place des parachutes de relevage sur la section de pipeline devant remonter.

-         Elinguage pipeline.

-         Remontée du pipeline.

-         Bridage du pipeline sur la table de travail de la barge.

-         Confection d’un nouveau riser.

-         Clampage du nouveau riser au pipeline.

-         Soudage du joint.

-         Descente de l’ensemble de la ligne.

-         Présentation du riser dans ses clamps de maintien.

-         Fermeture des clamps de maintien.

-         Enlèvement des parachutes.

-         Enlèvement de l’élinguage.


Bref presque de la  routine, sauf qu’il fallait faire particulièrement gaffe lorsque certains plongeurs moins doués que d’autres se mettaient à l’eau et se trompaient parfois de pipeline.

Nous étions maintenant le lundi 7 septembre 92 et en cette belle après-midi chacun vaquait à ces occupations.

Les plongeurs réparaient pour la énième fois le zodiac qui n’arrêtait pas de se faire trouer la peau contre les dents de chien fixées sur les piles des jackets.

Les hommes de pont étaient en train de présenter le nouveau riser dans son clamp d’alignement, le soudeur se tenait prêt à intervenir et moi je surveillais la manœuvre.

Tout se présentait bien jusqu’au moment ou le grutier fit une fausse manœuvre avec son riser en pendant.

Le tube fit un écart et heurta un des ouvriers qui se trouvait sur la table de travail et évidement ce qui devait arriver, arriva : PLOUF !! UN HOMME A LA MER.

Heureusement, même au fin fond de l’Afrique et en pleine chaleur, le personnel travaillant sur l’eau avait l’habitude de porter un gilet de sauvetage (ce qui est loin d’être le cas chez les blancs civilisés de nos contrées) et notre gars réapparu très rapidement à la surface.

Le gros problème, c’est que notre zone de travail se trouvait dans l’embouchure de la Delta River ce qui avait comme conséquence de créer un courant relativement important qui empêchât notre malheureux baigneur de rejoindre l’échelle de la barge.

Malgré ses efforts désespérés, il ne fallu que quelques secondes pour qu’il se retrouve déjà à 10 mètres de la barge et donc très rapidement je compris qu’il n’avait aucune chance de pouvoir revenir.

Je me jetai alors sur la seule bouée circulaire du bord et la lui lançai de toutes mes forces.

Par chance, celui-ci atterri juste à coté du naufragé et il put immédiatement s’y agripper.

Malheureusement, comme à l’accoutumée la bouée n’était plus équipée de sa corde de rappel. Elle avait probablement été chouravée une fois de plus au cours de la nuit par les pêcheurs du coin.

Donc très rapidement, je compris que nous étions dans le caca car :

1° il était impossible de mettre le zodiac à l’eau car les deux grues étaient en manœuvre

2° le zodiac étaient HS pour le moment

3° il n’y avait aucune autre barge ou supply boat dans les parages susceptible de lui porter secours.

4° plus il se voyait dériver à grande vitesse, plus notre gars commença à paniquer et à crier des HELP ! sans arrêt.

La seule chose qu’il me restait donc à faire si je ne voulais pas me faire lyncher plus tard était d’y aller.

Rapidement, j’enfilai mes bottillons de plongée, mes palmes et hop me voila à l’eau.

Notre gars, était maintenant à une petite centaine de mètres, mais grâce à mon crawl cadencé, je fus rapidement sur lui.

Désespérément accroché à sa bouée et mort de frayeur il me fallu quelques minutes pour le calmer en lui expliquant que les secours avaient été alerté et qu’ils ne tarderaient pas à arriver.

Que les secours fussent alerté, ça j’en était certain, mes collègues et le tonton avait dû le faire.

Ce qui me tourmentait un peu plus, c’est que bien qu’ils fussent nombreux à voler sur le champ, les hélicos n’étaient pas équipé de treuil de relevage et donc le seul moyen de sauvetage que nous pouvions espérer était par la mer.

Or, nous étions un lundi et malheureusement je savais que ce jour là, la vedette rapide faisait des relèves de personnel sur un autre site et cela lui prendrait sans doute pas mal de temps pour arriver sur nous.

Il était maintenant 15h30 ce qui nous laissait encore 3 petites heures, après il ferait nuit noire et il serait alors très difficile de nous repérer.

A quelques miles en aval, je pouvais distinguer un petit jacket mais il ne me semblait pas vraiment dans l’axe de notre trajectoire.

Pour corriger notre course, il m’aurait fallu palmer vigoureusement mais cela je ne voulais pas le faire pour une simple et bonne raison : Les requins.

Bien que ceux-ci ne soient pas très nombreux dans le coin, nous avions néanmoins pu en observer quelques uns au fil des mois  et comme je ne tenais pas à les informer que de la viande fraîche trempait dans l’eau nous nous tenions vraiment tranquilles, accrochés à notre frêle esquif.

Une bonne vingtaine de minute après notre chute, un premier hélico nous survola pendant quelques minutes puis repris sa route vers la base.

Au fur et à mesure que le temps passait, nous pouvions voir que notre barge devenait de plus en plus petite pour finalement disparaître complètement sous l’horizon.

Heureusement mon compagnon d’infortune et moi-même restions confiants car les navettes d’hélicos se déroutaient fréquemment pour signaler notre position.

Pourvu que les requins nous oublient et tout irait bien.

Puis, tout d’un coup vers 17h30 une silhouette de bateau apparu à l’horizon et nous sûmes que nous étions sauvés.

Il était temps d’ailleurs car bien que nous fussions en Afrique, je commençais déjà à avoir un peu froid.

Un quart d’heure plus tard, la vedette était sur nous et après avoir stoppé ses moteurs, nous étions hissés à bord sous les ovations de l’équipage.

Le tonton du bateau nous offrit un thé chaud et une couverture et après s’être informé de notre état de santé, remit le cap sur notre barge de travail.

A 18 h précise, nous abordions notre bonne vieille Charlie Cob et là aussi, nous fûmes chaleureusement reçus.

Une bonne douche chaude et un bon repas aux bébêtes nous avait entièrement remis d’aplomb et après une bonne nuit de repos, nous étions à nouveau fin prêts à reprendre le boulot.

 

Conclusion.

Méfiez-vous des voleurs de corde.

 

 

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commentaires

mystic 04/04/2009 11:13

Whaouuu
j'aime, un vrai polar mais bon t'aurait peut être du faire intervenir un requin dans le récit.
je rigole flippant déjà que j'ai été traumatisé par les dents de la mer là en pleine mer je trépasse directe lol
bon week et au plaisir

Papy One 04/04/2009 15:53



Salut Mystic,
Allez, pour te faire plaisir je vais un peu modifier le récit.
Reprends à:
Les requins.
Ceux-ci étaient très nombreux dans le coin, et nous avions déjà pu observer qu'ils avaient dévorés à grandes dents de malheureux plongeurs alors que ceux-ci faisaient leur palier de
décompression.
Comme nous ne voulions pas les informer etc.
Est-ce que cette version de convient mieux ?
Je rigole, je rigole, mais c'est malheureusement ce qui était arrivé en 75 en Angola à 2 plongeurs pro.

Merci de ta visite



Sandy 22/02/2009 22:03

Bonsoir Francis,
Bon, tu me rassures en écrivant que la sécurité n'est pas si mauvaise que ça ;-) et que les plongeurs doivent formés sérieusement.
Tu es toujours en activité?
Bonne soirée!
Sandy

Papy One 27/02/2009 20:17



Bonsoir Sandy,


me revoilà avec ma petite histoire du vendredi.


Pour répondre à ta question, eh bien oui, je suis encore en activité pour un peu
moins de 3,5 ans. Après malheureusement ce sera la retraite.


Pour te rassurer, le Papy que je suis maintenant passe plus de temps au bureau à
répondre à des appels d’offre et faire des procédures de travail.


Mais heureusement je passe tout de même sur les chantiers et parfois pour me faire
plaisir je prends encore mon tour de plonge.
Bonne lecture
Francis



francis 22/02/2009 17:54

Bonjour Vito,
J'ai effectivement fait un séjour sur SANDOKAN du 14 septembre au 11 octobre 75 et c'est peut être bien là qu'on s'est rencontré.
Je me souviens, sur ce chantier je n'avais plongé qu'une seule fois car il avait fait mauvais tout le mois.
Le chef de chantier était je pense Louis G---e.
Dans ma piaule il y avait un certain Marcel G----d dont j'aimais écouter les histoires de science fiction et un poivrot de belge nommé Paul T---s.
Si je me souviens bien y il a eut un accident de type II .
C'est con, c'est le seul agenda qui me manque.
A l'époque ma jeune et jolie épouse en avait lu quelques pages et sans doute dans un accès de jalousie l'avais balancé à la poubelle ;0))
Heureusement, depuis je l'ai un peu dressée et elle est maintenant un peu moins jalouse ;O(

Vito 22/02/2009 17:18

Salut Francis,
Ce matin, j'ai lu ton new article au Nigéria, il est vraiment super...& extra, je me suis régalé à le lire & te relire..!!!
Cela me rappel mes mauvaise aventures des années 74/75 au Nigéria en particulier, étant jeune plongeur à Comex, j'étais partis là-bas en famille (1 an) à Warri, je bossais sur the Drill "Louisiana"...
J'ai failli me faire lyncher à deux reprises en récupération à terre, ainsi que me noyé à cause du courant...
Je confirme tes écrits, pour avoir vécu d'autres mésaventures similaires, très rude métier surtout à cette époque...
Nous avons perdus des collègues/copains qui eux, n'avait pas eu "UNE BONNE ETOILE".
As tu fait "SANDOKAN" en 1975 & 76..?? sur le champ de "BRENT B", au large des Îles du Shetland.
Moi oui, deux campagnes en saturation.
Dure & rude travail.
A bientôt de lire une nouvelle aventure.
Amitiés & Salutations, Vito.
PS : en conclusion, je rajouterai le bon & vieux Opinel....Lolll

Papy One 21/02/2009 21:47

Bonsoir Sandy,
C’est vrai que pour faire ce métier, il faut soit être cool surtout sous eau car dans le cas contraire on comprend vite qu’il faut changer de boulot, soit être comme dit un vieux dicton chinois souvent cité par ma copine Joséphine (tu sais l’ange) être un peu fou.
D’ailleurs, dans notre communauté ne dit-on pas : « Pour être plongeur – scaphandrier, il ne faut pas être fou, mais si tu l’es, ça aide ». ;0))
Bon c’est vrai que ce n’est pas toujours facile mais malgré ce que tu peux penser au travers de mes récits, ce n’est actuellement pas plus dangereux que d’autres métiers du bâtiment.
Si je dis actuellement, c’est que fort heureusement la sécurité a fortement été renforcé au cours des deux dernières décennies.
Ce n’était pas le cas dans les années septante (t’a vu j’écris à la belge) où rien qu’en mer du Nord on a dénombré pas moins de 98 accidents mortels ce qui représentait à l’époque taux de risque de 1,25%.
C’est vrai qu’à l’époque il n’y avait pratiquement pas de réglementation ni de formation professionnelle digne de ce nom.
Résultat, sur chantier on retrouvait un peu n’importe qui du moment que le gars savait plonger.
Heureusement, maintenant les diverses règlementations sont devenues très sévères et le futur plongeur professionnel doit d’abord passer par l’une ou l’autre des écoles de formation officiellement reconnues.
Moi c’est vrai, en voyant mon palmarès, je crois que j’ai déjà eu pas mal de chance.
J’espère qu’il en sera encore ainsi pendant quelques temps, mais comme dirais quelqu’un d’autre que Joséphine, « Qui vivra verra »

Bonne soirée

PS : C’est vrai, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée d’ajouter un petit lexique sur mon blog, je vais y penser.