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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 10:44

Photo : Nigeria vu du ciel

En 1980, la plupart des gros chantiers de génie civil sous-marin arrivaient à terme et pour cette raison, je décidai de repartir en offshore où la demande de plongeurs qualifiés était forte.

Un simple appel téléphonique sur Marseille avait suffit pour que le lendemain matin je sois dans l’avion pour aller passer ma visite médicale au siège de la société.

C’était la première fois que je passais par l’agence et je fus impressionné par le nombre de jolies « secrétaires » qui travaillaient dans les bureaux.

Après avoir été déclaré apte pour le service, j’eu le plaisir de tomber sur mon collègue Thierry,  plongeur belge avec qui j’avais déjà fait quelques travaux en Belgique.

Lui préparait ici à Marseille un chantier de soudage en chambre souple, ce qui fait qu’il avait un pied à terre en ville et bien entendu il m’invita à passer la soirée avec lui et quelques connaissances.

La soirée fut charmante et se termina sur la plage par un bain de minuit à poils sous la lune ce qui était pour moi une première.

Le lendemain j’étais à nouveau dans l’avion pour Paris où je devais aller faire les formalités pour avoir un visa pour le Nigeria.

Ainsi, après avoir couru tout l’après midi d’un point à l’autre de la ville, je fus finalement prêt à prendre le soir même l’avion à destination de Lagos.

 Jusqu’à présent, je n’avais travaillé qu’en mer du Nord où tout voyage était parfaitement réglé depuis le départ de la maison, jusqu’à l’arrivée sur la barge.

Ici, ce fut quelque peu plus folklorique. A Lagos contrairement à ce qui était prévu, il n’y avait personne pour me prendre en charge et je dus me débrouiller seul pour trouver ma correspondance sur un vol local.

Au départ je pensais que les vols locaux partaient du même aéroport, mais plus le temps passait plus je m’inquiétais de ne pas voir s’afficher le vol de ma correspondance.

Finalement, j’appris que les vols locaux partaient d’un autre aéroport et que j’avais intérêt à me manier le cul si je ne voulais pas rater mon avion.

Je saisis donc mon sac de voyage et me dirigeai vers la sortie.

A peine sorti du hall, je fus accosté de toute part par des personnes qui me demandaient « taxi Sir » tout en m’arrachant presque le sac des mains.

Devant malgré tout opter pour quelqu’un, je me décidai à suivre un gars qui se proposait à me conduire rapidement à destination.

A peine installé dans la voiture, un second bonhomme à la mine patibulaire vint s’asseoir à coté du chauffeur et tous deux commencèrent, tout en me regardant d’un œil intéressé, à parler dans un langage local dont je ne pigeais le moindre mot.

Immédiatement l’expérience malheureuse d’un collègue me revint en mémoire et un frisson d’effroi me parcouru le dos.

Je venais en effet de me rendre compte que j’étais rentré dans une voiture particulière alors qu’ici tous les taxis que je voyais circuler étaient de couleur jaune.

Heureusement, j’avais gardé mon bagage à coté de moi sur la banquette arrière et ainsi, à la faveur d’un premier embouteillage je sautai hors du taxi tout en prétextant avoir vu un collègue.

Aussitôt je me jetai cette fois dans un vrai taxi sous les regards haineux des deux compères.

Ouf, me voici à l’aéroport local où j’étais finalement arrivé à temps. Il ne me restait plus pensai-je qu’à m’enregistrer pour Port Harcourt et je serais tranquille.

Le comptoir était encore fermé et  pour l’instant seul quelques voyageurs attendaient devant celui-ci.

Bien éduqué, je me joignis à eux et attendis patiemment l’ouverture.

Au fur et à mesure que le temps passait, je pus voir que la foule commençait à s’amasser.

Qu’à cela ne tienne, j’étais parmi les premiers et donc assurai d’être rapidement servit.

Ca y est, le comptoir venait d’ouvrir. Immédiatement la foule se jeta devant les 3 guichets dans un brouhaha indescriptible.

Ici, les mots « file d’attente » ne semblaient pas exister. C’était à celui qui remue le plus dans les brancards.

Moi, je commençais à m’énerver car cela faisait maintenant au moins trente minutes que je j’étais devant ce guichet en tentant de donner mon billet au préposé, mais celui-ci semblait complètement m’ignorer.

C’est quoi ce pays de fou pensais-je, ma parole ils doivent  être complètement racistes pour ne pas vouloir servir le pauvre homme blanc que je suis.

Finalement voyant mon désarroi, un gamin s’approcha de moi et en anglais me dit «  Monsieur, si toi pas donner billet vert, toi rester ici longtemps ».

Ca y est, je venais de comprendre ce que signifiait le mot BAKCHICH.

Rapidement je sortis cinq dollars et les donnai au gamin en lui demandant s’il pouvait m’aider.

Pas de problème, me dit-il mais il faudra encore en allonger dix pour le préposé à l’enregistrement.

Une fois ce petit pourboire imprévu donné, toute les formalités d’accès à bord furent réglées en un temps record et pour le prix, j’eu même droit à un porteur qui s’ empressa de me conduire jusqu’à mon siège dans l’avion.

L’arrivé à Port Harcourt se fit sous une averse tropicale et comme c’était à prévoir personne ne m’attendait.

Ici également je fus abordé par des chauffeurs de taxi à qui j’expliquai que j’étais plongeur et que j’attendais que l’on vienne me chercher.

Au bout d’une heure d’attente voyant que je faisais toujours le pied de grue, l’un d’eux s’approcha à nouveau et me dit qu’il connaissait l’adresse d’un blanc qui travaillait avec des plongeurs.

Comme je n’avais vraiment pas le choix, je me décidai à le suivre.

La route en terre était complètement défoncée et le taxi slalomait entre les trous remplis d’eau.

Finalement il arriva à une villa et le chauffeur me dit que c’était sans doute ici que je devais me rendre.

Il palabra durant quelques instants avec le noir qui semblait garder la maison et au bout de quelques minutes une femme blanche apparut à la porte et d’emblé me dit «  Monsieur Francis je suppose ? »

Oui c’est moi.

Bien ! Mon mari devait venir vous chercher mais il a dut partir précipitament sur barge et n’a donc pas put vous réceptioner.

Après quelques bannalités supplémentaires, elle indiqua au chauffeur l’adresse du guest house où je pouvais aller me reposer.

Arrivé à la villa où je devais loger, une autre surprise m’attendait. Dès mon entrée dans la maison une odeur acre me prit immédiatement à la gorge.

Putain, c’est quoi ce truc demandais-je au gardien de faction dans le garage.

Ca Monsieur, c’est pour éviter la présence des serpents dans la maison me répondit-il.

Mais il ne faut pas vous inquiéter cela ne sent que pendant une semaine s’empressa-t-il d’ajouter.

Charmant, pensais-je.

Mais finalement j’étais tellement vanné par mon voyage que je n’eus aucun mal à m’endormir.

Je dormi ainsi jusqu’en fin d’après-midi, moment ou probablement la faim commençait à ce faire ressentir.

Je me levai et constatai que la maison était absolument vide, même plus un gardien pour me renseigner sur mon sort.

Qu’importe, très rapidement je découvris un frigo contenant quelques victuailles qui pour l’instant pouvaient me rassasier.

Après m’être nourri suffisamment je me mis à la fenêtre et passai mon temps à regarder dehors.

Il pleuvait toujours autant, et déjà je commençais à avoir le cafard en pensant à ceux que j’avais laissé en Belgique.

Comme je n’avais rien d’autre à faire, je pris la plume et commençai à écrire mon premier courrier.

Pendant que j’écrivais, une jeune fille remonta le petit chemin que je pouvais voir depuis la fenêtre.

Elle marchait sous la pluie, protégée par un énorme parapluie mais en arrivant à ma hauteur elle sentit probablement que je l’observais car tout d’un coup elle regarda dans ma direction, me vit, fit une petit sourire accompagné d’un petit bonjour de la main et continua son chemin.

A moi, il ne m’en fallu pas plus pour me remonter le moral et pouvoir ainsi terminer ma lettre avec un esprit plus serein.

Je passai encore deux autres jours dans ce guest house en attendant d’avoir une place dans un hélico, et finalement, après ces 4 jours de galère, je me suis retrouvé sur ETPM 101.


A bord de cette barge complètement rouillée, tout depuis les accommodations jusqu’à la bouffe était un véritable désastre.

Même dans les cabines, nous devions prendre garde à ne pas nous faire attaquer par les nombreux rats qui pullulaient à bord.

Néanmoins, malgré ces (légers) inconvénients auxquels on s’habituait très rapidement, l’ambiance à bord était excellente.

Lorsque j’arrivai à bord, l’équipe de plongée était depuis plusieurs semaines occupée à récupérer les débris d’une plateforme élévatrice qui avait explosée quelques mois auparavant suite à un blow up et la plupart des plongées consistaient à élinguer les divers débris qui furent trouvés sur le fond.


Le 7 septembre, la plus grande partie des grosses structures avait été récupérée et nous étions maintenant occupés à remonter de nombreux trains de forage.

Le temps n’était pas très bon et il y avait une bonne petite houle avec des creux de 3 mètres, mais malgré tout, nous continuions à travailler et c’était maintenant à mon tour de passer 47 minutes à 18 mètres.

A chaque fois qu’un débris fut trouvé, j’y fixai la ligne de recherche, puis fis descendre l’élingue à coulisser sur la main courante.

Une fois l’élingue récupérée, il ne me restait plus qu’à orienter la grue pour la ramener à l’aplomb de la pièce.

Cette fois, j’avais trouvé 3 trains de tige d’une vingtaine de mètre et comme ils étaient proches l’un de l’autre, je décidai d’élinguer les 3 pièces en une seule fois.

A cause des mouvements de houle, je demandai que la grue donne suffisamment de mou dans le câble de manière à ce que je puisse élinguer les tubes sans risque pour mes précieuses petites mains.

Une fois les tubes élingués, je demandai à la surface de tendre lentement le câble de manière à pouvoir bien serrer le tour mort.

Pendant la manœuvre de serrage, je pus sentir que le mou du câble avait accroché un autre débris sur le fond et bien entendu je fis immédiatement stopper la mise en tension.

Tout se passa ensuite, alors que je suivais le mou de l’élingue pour aller la dégager.

En général, la visibilité des eaux nigérianes était fort limitée et elle était souvent nulle à proximité des côtes ou à l’embouchure des fleuves.

Donc je ne vis pas  qu’à cause de la houle, le câble s’était dégagé tout seul.

Mais surtout, je ne pus m’apercevoir que le restant du mou était passé derrière la vanne d’alimentation secours de mon facial KMB 10 et évidemment ce qui devait arriver, arriva.

Le câble se tendit, accrocha la vanne et arracha mon masque facial qui fit une rotation de 120° sur ma tête.

Ce que je fis ensuite n’est pas difficile à imaginer : Prier (très rapidement) pour que mon narghilé soit clair et filer vers la surface le plus rapidement possible.

Heureusement pour moi, en entendant le bruit d’un bouillonnement d’eau dans la radio, Denis Surbled le chef de poste s’était immédiatement rendu compte qu’il y avait un problème et après quelques secondes je pus sentir qu’on me tirait vers la surface.

Par chance également, durant la remontée je pus réajuster mon masque dans une position plus ou moins normale et ouvrir mon freeflow en grand ce qui me donna malgré tout un mélange air / eau suffisant pour me sauver la vie.

Une fois en surface, j’arrachai mon masque et je pus enfin me remplir les poumons de quelques bons litres d’air frais.

Quelques secondes plus tard, j’étais sur le pont et bien sûr comme l’imposait la procédure, le chef de poste voulu immédiatement me faire passer dans le caisson afin de suivre le traitement requis en cas de remontée incontrôlée.

Cependant, comme cela faisait moins de 3 minutes que j’étais en surface et comme j’étais OK, je lui dis que préférais redescendre immédiatement.

Comme il fut d’accord, je vérifiai rapidement mon facial, le mis sur la tête et resautai à l’eau pour terminer mon travail.

Le restant de mon séjour à bord se déroula sans autre incident et finalement au bout de 45 jours, mon premier chantier en Afrique arrivait à terme et je pus reprendre un hélico accompagné de 2 hommes de pont qui eux aussi avaient terminé leur séjour.


Le retour vers l’aéroport de Lagos non plus ne fut pas triste.

Sur la route de l’aéroport un gosse venait de se faire renversé et gisait sur le bord de la route.

Immédiatement, nous avons demandé à notre chauffeur de stopper pour lui venir en aide, mais celui-ci refusât tout net en prétextant que nous risquions alors un tas de gros ennuis car tout le monde s’accorderait pour nous rendre responsable de l’accident.

Nous étions écoeurés par ce comportement, mais le chauffeur n’en avait cure et continua son trajet jusqu’au terminal de départ.

Là à nouveau gros problèmes avec les autorités de la douane qui nous accusaient d’avoir changé de l’argent au noir et ne voulaient pas nous laisser embarquer.

Une fois de plus, la distribution discrète de quelques billets verts débloqua la situation et nous pûmes monter dans l’avion.

A 23h50 les portes se fermèrent et l’avion se mit en route.

Ouf ! Finit les ennuis pensais-je tandis qu’en même temps je me promettais de ne plus jamais revenir dans ce pays de fous.


Papy One


Photo blow up prise sur Internet 

 

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commentaires

alex korkounoff-yakonowsky 23/01/2011 22:56


Bonjour,
Je suis un ancien plongeur de la Comex (1975-1983) et je cherche à reprendre contact avec Denis Surbled. Saurais-tu ce qu'il est devenu?
Cordialement


Cathy 06/01/2009 12:08

Ouah ! quel aventurier tu es.

Pilisi 04/01/2009 22:43

Bonjour,
J'ai lu vos récits de plongée off-shore très passionnants. Je suis l'amie de Richard qui a fait les dessins d'off-shore que j'avais publié sur mon blog (les plongeurs de pagure sur canalblog). Depuis peu j'ai changé de blog et je viens de publier deux ou trois articles avec les photos de Richard quand il était sur les plateformes. Pour cloturer ces articles je pense faire un lien vers votre blog très intéressant.