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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 20:54

 

Photo : Tourelle de plongée

En 1976 j’avais réussi à me faire embaucher par COMEX HOULDER pour passer la saison en mer du Nord comme plongeur saturable sur la jet barge CREEK.

La saison allait durer de mai à octobre, et durant toute cette période, la barge allait ensouiller des dizaines de kilomètres de pipelines.

Lorsque je démarrai ma carrière de plongeur offshore un an plus tôt, j’avais déjà eu l’occasion de travailler en tant qu’unique francophone avec des plongeurs anglais et écossais.

Mais cette fois ci, j’étais néanmoins un peu plus inquiet car j’allais être en saturation avec eux et de ce fait j’avais peur de ne pas toujours comprendre leur terrible accent.

Effectivement, mes premiers jours en caisse furent assez difficiles et plus d’une fois je dus demander à mes compagnons de caisson d’écrire sur un papier ce qu’il voulait me dire.

Mais heureusement pour moi, cela ne dura que quelques jours et je m’habituai vite à leur voix déformée par l’hélium.

En même temps, j’étais devenu l’interlocuteur privilégié pour passer les messages et les commandes de repas aux caissons masters car ceux-ci comprenaient mieux mon anglais (sans accent) que celui des leurs compatriotes.

Sur toutes les barges ensouilleuses, les principales missions des plongeurs consistaient à positionner l’énorme jet de 36 tonnes à cheval au dessus des pipelines et d’ensuite faire toutes les 6 heures environ une inspection de la machine, du pipeline et de la tranchée.

En fait un travail très bien payé mais avec de nombreuses périodes de stand by et d’ennui entre les plongées.

Un des problèmes liés à ce type de travail est dû au fait qu’à l’exception de la plongée destinée à poser le jet, toutes les autres plongées se font dans le noir total et ceci est dû au fait que les pompes haute pression servant à désagréger le terrain de même que les air lifts ne sont arrêtés qu’au tout dernier moment juste quelques secondes avant la mise à l’eau du plongeur.

Depuis le début de la saison, je faisais équipe avec Tiny Gulliver.

Il était environ deux fois plus costaud que moi et quand on nous voyait ensemble, nous avions l’air de ressembler à Laurel (moi) et Hardy (lui). Néanmoins, nous formions une sacrée équipe et j’adorais travailler avec lui.

Le 19 août 1976, la mer était vraiment mauvaise sur « Ninian field » mais malgré tout la barge continuait à tirer sa machine.

Vers 18h00 le chef de poste vint nous informer que nous devions faire une plongée d’inspection.

Comme c’était à mon tour de plonger, Tiny passa dans la tourelle pour faire la check list.

Une fois celle-ci terminée, je passai dans le caisson humide pour enfiler mon vêtement à eau chaude puis le rejoins dans la tourelle.

Après avoir purgé le sas, la tourelle fut déclampée du caisson humide et elle commença sa translation vers le bord arrière de la barge.

Par les hublots, nous pouvions voir que la mer était rude et qu’il y avait une sacrée houle.

Durant le passage de la surface de l’eau, la tourelle fut ballottée dans tous les sens et nous avions intérêt à bien nous tenir.

Mais très rapidement, le balancement diminua au fur et à mesure que nous descendions.

Comme à l’accoutumée, le Bellman annonça les profondeurs par tranche de 10 mètres.

-         60 mètres

-         90 mètres

-    130 mètres

-    145 mètres

145 m répondit le chef de poste « on descend la tourelle doucement ».

A 150 mètres, le Bellman annonça « porte ouverte ».

Puis comme d’habitude, nous avons fait descendre la tourelle de 3 à 4 mètres de manière à être un peu plus près du fond.

La tourelle était maintenant stabilisée à 154 mètres et le chef de poste m’informa que je pouvais m’équiper.

Tiny me mit le biberon secours sur le dos, réglât l’eau chaude, me brancha le flexible et finalement me mit le kmb16 sur la tête et me voila prêt à plonger.

Moi : Surface  tu me reçois ?

Chef de poste : Fort et clair Francis  Ok tout est arrêté, tu peux sortir.

Moi : Ok prêt à quitter la tourelle.

Comme j’étais assis au bord du hub, je me redressai sur les bras de manière à faciliter le passage du biberon secours et plouf ! Je me laissai descendre dans le tube lorsque soudainement : BAOUMM ! La tourelle tapa sur le fond tandis que moi j’étais maintenant debout sur le sable tout en étant toujours au milieu de la tourelle.

Moi : SURFACE, vite remontez la tourelle.

C.P : répète !

Moi : Vite remontez la tourelle nous avons tapé le fond.

C.P : Compris, on remonte.

BAOUMM ! La tourelle avait remis cela et moi j’étais toujours là au milieu du hub essayant d’agripper quelque chose pour éviter de passer sous la tourelle ce qui aurait probablement été fatal pour moi.

Heureusement Tiny avait comprit ce qui se passait et cette fois avant que la tourelle ne touche le fond  pour la  troisième fois, il me saisit par la poignée du casque et d’une traite me tira hors de l’eau.

WOUAH ! Mon cou gueulai – je. Mais enfin j’étais maintenant en sécurité dans la tourelle.

Celle-ci retapa une dernière fois sur le sable lorsque le chef de poste nous cria que l’on remontait de 5 mètres.

Lorsque tout fut stabilisé, la surface me demanda si j’étais OK, et si je pouvais continuer ou est-ce que je préférais annuler la plongée.

Bien que cela aurait pu être ma dernière plongée si je m’étais mis à l’eau 3 secondes plus tôt, je décidai de continuer immédiatement avant que mon esprit ne me fasse réaliser les conséquences que cela aurait put prendre.

Donc à nouveau, je me laissai glisser dans l’eau, passai sous la tourelle et parti vers la main courante qui allait me conduire jusqu’au jet.

En fait que c’était-il passé ?

Il semble que ce fut la sonde de profondeur du jet qui avait donné une fausse profondeur (plus profond qu’en réalité) ce qui laissait à son tour croire qu’il y avait encore assez d’eau sous la tourelle.

Une autre cause du quasi-accident était due au fait que nous avions plongé avec une forte houle qui donna à la tourelle, une amplitude verticale d’environ 5 mètres.

Heureusement pour nous, le système de largage des contrepoids de la tourelle avait été modifié quelques temps auparavant et ne s’était pas décroché accidentellement suite aux chocs répétés. 

Cela avait malheureusement été le cas sur une autre tourelle qui était remontée de manière incontrôlée quelques mois plus tôt, tuant ces deux occupants.

Conclusion :
Si vous devez faire une plongée tourelle ou bulle dans le noir total et avec un risque de houle, contrôler toujours la distance entre la partie inférieure du support de plongée et le fond avant de quitter celui-ci de manière à ne pas se faire coincer dessous.


Papy One

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commentaires

Benoit 23/04/2016 08:56

Bonjour, je suis modéliste naval, il y a quelques années j'ai réalisé la maquettes du SEABEX one entièrement navigant. Je souhaite ajouter des documentaire sur les scaphandriers, leurs aventures leurs expériences, et ma question est il possible avec votre accord d'imprimer des photos voir commentaires sur vos anecdotes. Merci
Cordialement Yves Benoit

Papy One 23/04/2016 11:32

Bonjour Yves , aucun problème mais attention car parfois les photos ne sont pas de moi mais également prise sur internet. Mais dans ce cas je le marque au bas de l'article.

Zénon Van Damme 08/08/2009 14:32

Salut Francis, tiens cette aventure je l'ai vécu par 167m de fond sur la même barge mais 1ou 2 ans plus tard ,je crois ? En tout les cas il faisait très mauvais mais pas assez pour arréter les travaux.Bon ,je saute la routine , on se trouve au fond.Cela semble improbable mais une fois que le tapage de la tourelle sur le fond fut résolu en remontant de 6/7m, je sors pour diriger le jet sur le pipe,dans le noir complet,une main sur le jet tout en faisant le yoyo sur +/- 5m.Vous voyez les deux engins qui montent et descendent au grès de la houle ? et le petit plongeur qui essaye de ne pas perdre contact avec le gros fer à repasser car le risque de se faire écrabouiller entre le pipe et ce mastondonte de 34t. existe.Alors que j'avais tout juste touché le pipe avec le pied et étais certain que le positionnement du jet aller se faire sans difficulté ,gros coup de houle et le jet se met en travers du pipe .Pas assez de narghilé (question de ne pas le coincé ou l'accroché) pour aller voir à l'autre extremité du jet le "déhanchement" car si lui ne bouge plus reposé sur le pipe nous on continue à faire le yoyo .Bon, "surface remontez le jet de 4m", on remonte et c'est là que le surface me demande de suivre le pipe sur une quizaine de mètre pendant qu'ils vont essayer de poser le machin ????????? je n'ai jamais compri quelle lumière me donna cette ordre ? voulez t'il me faire inspecté l'extrémité du jet ou faire un sandwich "pipe Zénon jet" cela reste une question sans réponse car apparemment personne en surface été au courant (à la radio) ?Entre-temps mon bras gauche était pratiquement paralisé par le froid,non que le l'avait sortie du costume en direction de la surface mais ...... la tuyauterie eau chaude ne fonctionnait plus de ce côté et en mer du Nord en hiver (ou en été d'ailleurs) il faut moins de trois minutes pour se les gelèes dans un costume "eau froide".Ce fut en ce temps record que je fis déposer le jet tout en rentrant dans la tourelle.Morale (comme dirait mon pote Francis) "au fond on est moins con qu'en surface".
Zénon.

Papy One 08/08/2009 23:23


Bonsoir Zénon,
merci pour ton commentaire.
Je suis certain que toi aussi tu as vécus pas mal de petites histoires en plongée.
Pourquoi tu ne les écrirais pas
A+


Stephane 26/11/2008 12:37

Cela donne froid dans le dos