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  • : Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
  • Histoires d'un scaphandrier or the Stories of a Commercial Diver
  • : Plongeur-Scaphandrier durant de très très nombreuses années, j'en ai vécu des choses sous eau et ailleurs. POUR VOIR TOUT LES ARTICLES PUBLIES ALLEZ AU BAS DE LA PAGE ET CLIQUER SUR TOP ARTICLES. TO SEE ALL THE STORIES GO AT THE BOTTOM OF THE PAGE AND CLIC ON TOP ARTICLES
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 11:52

Décembre 81, pour la cinquième fois de cette année je me retrouve à travailler dans le GOM (golfe du Mexique) sur le TARASCO. Mon arrivée à bord, ne s’est pas faite sans quelques émotions qui, je pense sont à l’origine de mes trois premiers cheveux gris.

Tout a commencé le 30 novembre, jour de mon départ sur le vol AF 067 à destination de Houston. Ce jour là, comme à l’accoutumée, j’avais choisi un siège à côté d’un hublot dans la rangée de droite. Dans l’avion, tout était calme, le film de l’après-midi était terminé et la plupart des passagers lisaient ou somnolaient en attendant le goûter.

Moi, j’avais relevé le volet de mon hublot et pour passer le temps, je regardais défiler l’océan Atlantique quelques 10000 mètres plus bas. Aucune terre, ni aucun bateau n’était visible, de l’eau à perte de vue.

Puis, tout d’un coup au loin à l’horizon un petit point noir suivit d’une traînée blanche apparut.

- Tiens, un avion ! Pensais-je immédiatement.

Bien entendu, à cette altitude la visibilité horizontale était excellente et devait dépasser plusieurs dizaines de kilomètres. Tout en continuant mon observation, je pouvais voir maintenant que l’autre avion qui se trouvait à deux heures de notre axe suivait un cap plus ou moins perpendiculaire au notre.

Au fur et à mesure que les secondes passaient, je pouvais constater que l’angle d’approche de nos deux avions ne variait pas. En clair, cela signifiait donc que nous allions nous croiser.

Ce qui m’inquiétait un peu, c’était que l’autre appareil volait à peu près au même niveau de vol que nous, alors que, ayant moi-même passé mon brevet de pilote privé quelques années plus tôt, je savais que théoriquement la distance verticale entre nos deux couloirs aériens devait être de minimum 300 mètres.

Cela faisait maintenant environ une minute que j’avais commencé à apercevoir l’autre aéronef qui au fur et à mesure que le temps passait, avait l’air de s’approcher dangereusement.

- Que font donc les pilotes pensais-je.

Pour sûr qu’ils ont chacun branché le pilote automatique et ne font pas attention à ce qui se passe à l’extérieur.

- Ai-je le temps de sonner et d’informer l’hôtesse de la situation ?

- NON, TROP TARD ! Par le hublot, je peux voir que l’autre avion nous fonce droit dessus puis tout d’un coup disparaît de mon champ de vision. Il vient de passer au dessus de nous à moins de cinquante mètres. Dans la cabine, on entend soudain durant un bref instant un bruit de réacteur suivit aussitôt par quelques turbulences.

Personne dans la cabine à l’exception de quelques passagers ne s’est rendu compte de ce near miss, pas même apparemment les pilotes. Moi, je sais que nous l’avons échappé belle.

Résultat, le soir à Mexico, je suis obligé d’allez boire quelques tequilas dans les bars de la Zona Rosa pour me remettre de ces émotions.

Lendemain matin, 4h30, lever avec un léger mal de tête.

Pour je ne sais plus quelle raison, nous devons nous rendre à Ciudad del Carmen via Mérida en lieu et place d’un vol direct comme nous le faisions à l’accoutumé.

6h30 départ du vol pour Mérida en Boeing 637. Le vol se déroule sans problème. Puis peu avant d’amorcer sa descente, le commandant de bord nous fait l’annonce suivante :

- Señoras y señores, Nous arrivons bientôt à Mérida. Les conditions d’atterrissage ne sont pas excellentes car il y a un épais brouillard au sol. Nous allons tenter une approche, mais en cas d’échec, nous serons détournés vers Cancún où le temps est meilleur. Veuillez maintenant redresser le dossier etc. etc.

Encore une fois je suis assis à l’arrière droit à côté d’un hublot. Tout doucement, le pilote réduit les gaz et entame sa descente vers l’aéroport. Quelques minutes plus tard, sortie des volets. Nous sommes toujours dans les nuages. Descente du train d’atterrissage. Encore un virage sur la gauche et nous voilà en finale.

Les pilotes ont mis full flaps et jouent maintenant avec la manette de gaz pour maintenir un bon angle d’approche. Par le hublot, toujours rien à voir, nous sommes en pleine purée de pois. Instinctivement, je resserre un peu ma ceinture de sécurité.

D’après le bruit des réacteurs, j’estime que nous ne devons pas être loin de la piste. Ca y est, je vois le sol.

Nous sommes déjà fort bas, 20 à 30 mètres tout au plus. Tout d’un coup sous la carlingue, de l’herbe. Nous ne sommes pas du tout dans l’axe de la piste.

Au même instant, les pilotes remettent plein gaz et au bout de quelques secondes l’appareil commence à grimper vers les cieux tout en rentrant le train d’atterrissage.

Mais à peine le Boeing est-il monté de quelques mètres, que je vois l’aile droite passer juste au-dessus de la tour de contrôle.

- Fichtre ! Nous l’avons encore échappé belle.

Quelques instants plus tard, une fois la situation bien maîtrisée, nouvelle annonce au micro.

- Señoras y señores, comme vous avez pu vous en rendre compte par vous-même, la visibilité au sol n’était pas très bonne.

Comme l’aéroport n’est pas équipé d’un système d’approche adéquat, nous allons nous détourner sur Cancun. Veuillez nous excuser de cet inconvénient etc.…

Quelques dizaines de minutes plus tard atterrissage normal sur le dit aéroport.

Vers midi, on nous apprend que le brouillard sur Mérida s’est levé et nous allons pouvoir repartir. Finalement, en fin d’après-midi nous arrivons sain et sauf à Ciudad del Carmen où nous retrouvons avec joie notre hotel habituelle où nous allons passer la nuit.

Inutile de dire que pour faire passer nos émotions, nous nous sommes sentis obligés d’aller boire quelques cervezas dans les bouis-bouis du coin.

Troisième jour de ce long voyage.

Rendez-vous à 9h00 à l’héliport. Là, un grand, gros, gras et tout poisseux officier de sécurité contrôle nos papiers avant de nous autoriser à passer dans la salle réservée au personnel embarquant sur les installations pétrolières.

Une fois les formalités remplies, un préposé vient nous chercher pour nous conduire à l’hélico. D’emblée, je reconnais le pilote. C’est Rambo, un ancien de la guerre du Vietnam qui au vu de sa manière à piloter, en a apparemment gardé une certaine nostalgie.

Tranquillement, après avoir mis nos bagages dans la soute, nous nous installons sur les banquettes. Rambo nous salue, puis nous demande d’attacher les ceintures, de mettre nos casques anti-bruit, puis une fois sa check-list terminée démarre le moteur.

Les rotors se mettent en marche. Plus ils commencent à tourner rapidement, plus le bruit et les vibrations dans la carlingue deviennent intenses.

Ca y est, la vitesse de rotation des pales doit être bonne. Le pilote jette un rapide regard à gauche et à droite, puis actionne ses manches.

L’hélico se soulève lentement de 2 à 3 mètres, s’incline légèrement vers l’avant et commence à voler vers la piste. Petit virage à gauche, ça y est, nous sommes face à la mer et notre Rambo commence sa montée.

- BANG ! Tout d’un coup, une explosion vient de se faire entendre au-dessus de nos têtes.

- Qu’est-ce que c’est ?

Nous nous jetons des regards inquiets car apparemment la situation n’est pas normale.

En effet, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le pilote a reposé l’appareil au sol et nous gueule d’évacuer.

Pas besoin de nous le dire deux fois, ni une ni deux, nous ouvrons les deux portes latérales et sortons rapidement de l’hélico.

A l’extérieur, un liquide gicle par intermittence de dessous le rotor principal. Aussitôt dans nos esprits le signal « DANGER EXPLOSION » s’allume et nous nous mettons à courir à toutes jambes pour nous éloigner au maximum de la zone de danger.

Grand moment de stress, pètera ou pètera pas ?

Par chance, rien ne se passe. Les rotors sont maintenant complètement à l’arrêt et plus rien ne gicle du moteur.

Apparemment un simple flexible hydraulique qui s’est rompu. Décidément, ce n’est pas encore cette fois que nous avons rendez-vous dans l’autre monde. Une heure plus tard, un autre hélico nous emporte vers notre barge où nous arrivons finalement sains et saufs en ce 2 décembre 81.

Me revoilà donc sur le champs après ce voyage mouvementé, Kuku notre stratif m’informe que je fais le poste de nuit. Flûte, je n’aime pas trop ce quart car j’ai toujours du mal à m’endormir l’après-midi et donc j'ai encore plus de mal à me lever à 23 h.

Heureusement pour moi, je ne devrai supporter ce rythme de travail que durant quelques jours car il est prévu que je rentre en caisse dans 3 jours. Effectivement, le 6 décembre, jour de la saint Nicolas je rentre en saturation à 12h59 avec le grand Laurent.

Le temps de nous installer, faire une petite sieste et nous voilà déjà prêts à partir pour une première plongée.

Comme cela fait tout de même 15 heures que je suis levé, Laurent, qui avait fait le jour, se propose de faire la plongée. Je serai donc son bellman.

Tout se passe bien et à 23h30 la tourelle remonte en surface.

Vite, une bonne petite douche, un petit repas et c’est parti pour douze heures de sommeil non-stop. Pour l’instant, nous faisons des raccordements de pipelines par soudure hyperbare, ce qui signifie que la plupart des plongées effectuées au cours des jours suivant sont destinées à préparer la mise en place de la chambre de soudure sous-marine.

Vendredi 11 décembre 11h15. C’est à nouveau à mon tour de plonger.

Pendant que mon collègue se prépare à faire la check-list de la tourelle, mon compatriote Eugène le belge, chef de poste de la nuit m’explique rapidement ce que j’aurai à faire.

- Eugène : Salut Francis bien dormi ?

- Moi : Ouais pas mal merci.

- Eugène : Bon je t’explique la situation au fond. Les deux extrémités des pipelines sont côte à côte. Patrick, le plongeur précédent a fait la métrologie sur le mégot à remonter, et il a commencé le découpage. Mais apparemment, il a eu quelques difficultés et a préféré arrêter la découpe. Donc premier boulot pour toi, finir le découpage.

- Moi : Pas de problème.

Evidemment, à bord tout le monde sait que j’adore découper et je dois dire sans fausse modestie que je me défends plutôt pas mal dans cette discipline.

11h50, nous sommes au fond et je suis prêt à sortir de la tourelle.

- Moi : Surface tu me reçois ?

- Eugène : Cinq sur cinq Francis.

- Moi : Ok je sors.

Lentement je me laisse glisser dans l’eau. Debout sur l’un des contrepoids, je jette un rapide coup d’œil circulaire autour de moi afin de bien repérer la situation.

Le long d’un des tronçons, je peux voir les gros parachutes de 10 tonnes qui se balancent légèrement. Puis sur le fond, à quelques mètres de la tourelle, l’extrémité du tube sur lequel je dois travailler.

- Moi : Ok surface, du mou au narghilé.

En quelques secondes je suis sur le fond. Première constatation, mon collègue Patrick est certes avec une poignée d’autre, le Roi de la Plongée Profonde, mais question découpage c’est à pleurer.

Ce qui aurait dû être une découpe franche et nette dans l'acier, n’est en fait qu’une série de trous mal alignés sur une distance d’environ 30 à 40 centimètres.

Bon pas de problème, je vais pouvoir récupérer le coup en recommençant juste à côté.

Par contre, ce qui m’inquiète bien plus, c’est qu’il a également réalisé une entaille en biais d’une dizaine de centimètres sur le dessus du tube.

- Moi : Surface.

- Eugène : Oui j’écoute.

- Moi : Dis-moi, est-ce que Patrick t’a expliqué ce qu’il a fait ?

- Eugène : Oui, comme je te l’ai dit, il a commencé la découpe, mais a préféré ensuite arrêter car cela n’allait pas.

- Moi : Bon ben je peux te dire qu’il a fait une belle merde, et avant de continuer, je vais d’abord reprendre quelques mesures car à première vue on est hors cotes.

- Eugène : Ah bon ! Bon ben Francis, je te laisse avec Jean Pierre car il est midi. C’est lui qui prend la suite.

- Moi : Ok alors bonne nuit Eugène.

C’est maintenant au tour de Jean Pierre G. le chef de poste jour de me saluer.

Très rapidement, je lui explique à nouveau la situation pendant que je reprends quelques mesures. En effet, le morceau de pipe qui doit être retiré, doit être découpé à la distance précise de 100 centimètres par rapport à l’extrémité du second pipeline, car c’est dans cet espace que sera soudé la future manchette qui reliera les deux pipelines ensemble. Malheureusement, ce que je craignais se concrétise.

- Moi : Surface

- J-P : Oui j’écoute.

- Moi : Bon je viens de remesurer. La découpe à la mitraillette de Patrick se trouve à plus ou moins 90 à 98 cm de l’axe et là pas de problème je peux récupérer la coupe. Par contre, la petite découpe sur le dessus se trouve à une distance allant de 102 à 110 cm. Qu’est-ce que je fais, je coupe à 110 ?

- J.P : Euh ! Stand by.

Après quelques secondes de réflexion, Jean-Pierre m’annonce que je dois découper à la cote prévue, c’est à dire pile à un mètre. Cela me laisse un peu perplexe.

- Moi : Tu es certain ?

- J-P : Affirmatif, tu ne t’occupes pas de l’entaille, les soudeurs arrangeront ça dans la chambre.

- Moi : Bien compris Laisse-moi un peu de temps, j’installe mon guide de découpage.

En effet, pour réaliser une coupe parfaitement rectiligne, je me suis fabriqué un dispositif constitué d’un simple bout de corde en nylon que j’ai passé dans un morceau de flexible en caoutchouc pour ne pas que cela crame. L’ensemble est passé autour du tube au droit de la ligne de découpe et maintenu en place fortement serrée, par un nœud adéquat.

Avant de commencer, je m’assure que la masse de contact est bien en place et que de l’oxygène sort à la bonne pression de la pince de découpage Craftsweld. Je place ensuite l’extrémité de mon électrode contre mon guide de découpage et annonce :

- Moi : Surface je suis prêt, contact.

- J-P : Contact !

En surface, l’assistant enclenche le commutateur de courant. Aussitôt, les 400 ampères envoyés dans les câbles provoquent un arc électrique au bout de ma baguette et un crépitement doux et régulier se fait entendre au fur et à mesure que je la déplace.

- Moi : Coupez ! Aussitôt l’assistant ouvre le commutateur.

- J-P : C’est coupé ! Cette coupure du courant me permet de remettre une nouvelle baguette dans la pince sans risquer l’électrocution. Le changement d’électrode me prend une vingtaine de seconde, puis une fois la baguette en place dans la saignée là où j’avais terminé, je redemande le contact.

Pendant que je consume mes baguettes oxy-arc, je me pose la question quant à savoir pourquoi bon nombre de plongeurs de la société sont de piètres découpeurs. D’accord, sans visibilité cela se comprend car il faut alors travailler au touché et à l’ouïe et cela ne s’acquiert qu’avec de longues heures de pratique, mais avec une visi comme aujourd’hui, franchement je ne comprends pas.

Déjà si la célèbre école de Marseille apprenait aux futurs plongeurs à ne pas avoir peur de cet outil et leur enseignait à tenir l’extrémité de la baguette à 2 ou 3 centimètres de l’arc électrique, ce serait un grand progrès car ils pourraient ainsi déplacer l’électrode d’une manière plus stable et régulière.

Pendant que je gamberge, le temps passe et je suis maintenant arrivé à ma neuvième et dernière baguette.

- Moi : Surface, tu peux couper le jus j’ai terminé la découpe.

- J-P : Ah Francis, putain comment tu fais, 15 minutes pour couper 2,87 mètres, ce n’est pas possible je ne peux pas le croire !

- Moi : Mais si c’est possible, tu sais pourquoi ?

- J-P : Non - Moi : Parce qu’au fond les Belges sont pas si cons hi !hi !hi !

- J-P : Bon ça va tu as raison. Est-ce que tu peux encore aller découper deux trous d’élingage à l’extrémité du mégot ?

- Moi : C’est bon j’y vais.

Quelques minutes plus tard, j’ai fini et je fais remonter le matériel de découpage en surface.

- J-P : Ok Francis, la pince est en surface. Est-ce qu’on peut te descendre le câble de la grue pour remonter le bout du tube ?

- Moi : Pas de problème, envoie.

Une dizaine de minute plus tard le mégot est élingué et prêt à être remonté. Comme la visibilité est excellente, je me recule un peu avant de commencer la manœuvre de récupération.

- Moi : Surface tu peux faire reprendre le mou de la grue doucement.

- J-P : On reprend doucement.

Doucement, l’excès de câble commence à remonter vers la surface puis lentement se tend sous l’effet de la prise en poids.

- Moi : C’est bon surface la pièce est dégagée, tu peux la remonter, je vais me mettre à l’abri sous la tourelle.

Pendant ces quelques minutes d’attente, j’en profite pour rapidement aller boire un coup dans la tourelle car je sais que ce qui m’attend après sera un peu plus dur. En effet, il va falloir maintenant que je commence le débétonnage d’une des extrémités de pipe sur une longueur d’environ 7 mètres.

Pour cela, on va m’envoyer un pistolet d’où sortira un fin jet d’eau, dont la pression de 1400 bars sera capable de couper les 14 cm de béton qui entoure les pipelines.

L’outil est vachement efficace, mais inutile de dire qu’il est autrement plus dangereux à manipuler qu’une pince oxy-arc car la moindre maladresse risque de provoquer des blessures extrêmement profondes.

Il est aussi très fatigant à utiliser, car justement à cause des pressions délivrées, la gâchette de mise en œuvre est dure à maintenir en position de fonctionnement et en raison des risques d’accident, il est bien entendu interdit de l’attacher ; la machine doit obligatoirement cesser de fonctionner dès qu’on lâche la gâchette.

Troisième inconvénient et non des moindre, le bruit, ça pour moi c’est le plus terrible à supporter. En effet, une fois en marche, le pistolet émet un sifflement aigu comparable au bruit que fait la tuyère d’un avion de chasse et dans mon casque cela doit allègrement dépasser les 100 décibels. C’est bien simple, en général et malgré la profondeur d’eau, le bruit émis par l’appareil est entendu jusque dans les cabines de la barge.

Ici, au fond du Golfe du Mexique, la procédure de débétonnage est simple.

Une saignée à midi, une à 5 heure et une troisième à 7 heure.

Séparée ainsi de 120 ° il suffira de faire encore une saignée circulaire à la cote des 7 mètres pour faire tomber les trois morceaux. Evidement réaliser une découpe dans le béton sur cette longueur ne se fait pas en quelques minutes mais plutôt en deux ou trois heures car à intervalle régulier, je dois m’arrêter pour éviter les crampes dans les mains.

Au cours d’une de ces périodes d’arrêt Jean-Pierre me demande :

- J-P : Ca va Francis le béton n’est pas trop dur ?

- Moi : Répète j’ai pas entendu.

- J-P : C’est pas trop dur ?

- Moi : Parles plus fort j’entends plus bien

- J-P : JE TE DEMANDE SI LE BETON N’EST PAS TROP DUR ?

- Moi : Ah, non ça va c’est du béton belge.

- J-P : AH, POURQUOI ?

- Moi : Car le béton c’est frite (s’effrite).

- J-P : Ah ! Ah ! Ah ! Couillon va.

Je continue toujours mon dur labeur. Puis au bout d’un certain temps, le chef de poste me demande si je veux me faire remplacer par Laurent. Ouf, je ne suis pas fâché car j’ai des acouphènes plein les oreilles.

Résultat, même supplice pour mon collègue qui lui aussi se tape quatre heures de débétonnage. Reste maintenant aux deux équipes suivantes à dégager les débris de béton, installer les obturateurs à l’intérieur des tuyaux, puis à les aligner pour qu’ils soient bien en ligne avant la descente de la chambre de soudure.

Samedi 12 décembre. Ca y est, tout est prêt au fond et c’est à nous à plonger pour poser la chambre. Comme ce travail demande la présence de deux plongeurs dans l’eau, Laurent et moi partons cette fois avec un troisième collègue.

Au cours de cette plongée, je serai n° 1 donc en clair je passerai un long moment dans l’eau alors que les deux autres plongeurs pourront permuter en cours de plongée. Mais pas de problème car dans l’eau je me sens bien.

Encore une fois nous sommes au fond et j’annonce au chef de poste que je quitte la tourelle. Eugène, consigne l’heure de départ dans le rapport de poste : 02h22

Pendant que Laurent se prépare à son tour, moi, mon premier boulot consiste à fixer deux câbles guides sur les pipes de manière à éviter que la chambre de soudure ne tourne sur elle-même pendant la descente, mais également pour qu’elle arrive pile poil au bon endroit car nous n’avons que très peu de tolérance.

Une fois ceux-ci installés, c’est à la grue de soulever l’énorme masse et de l’amener délicatement malgré les mouvements de houle par-dessus bord pour y faire coulisser les mêmes câbles guides. - Surf : Plongeurs, attention la chambre est prête à être descendue allez-vous mettre à l’abri sous la tourelle.

- Moi : Bien compris, on va sous la tourelle. Dis-moi, vous avez bien mis le fil à plomb à l’intérieur de la chambre ?

- Surf : Affirmatif le centre est bien matérialisé et on a également mis une luciole afin que tu puisses bien le repérer. Ce fil à plomb qui représente le centre de la chambre est très important car c’est grâce à lui que je pourrai vérifier la bonne position.

- Surf : Plongeurs, c’est parti pour la descente.

Comme la profondeur n’est pas très importante, je distingue assez rapidement la chambre de soudure sous-marine (CSSM).

- Moi : Ok surface je vois la chambre, tu descends lentement jusqu’à ce que je dise stop.

Arrivé à 2 mètres du fond, je fais arrêter la descente et retourne sur le pipe. Après avoir vérifié le centrage latéral, je fais doucement poser la chambre sur le fond.

- Moi : OK surface la chambre est posée, je vais aller à l’intérieur pour vérifier le centrage longitudinal.

- Surf : Bien compris tu vas à l’intérieur.

Je passe prudemment par le sas, puis une fois à l’intérieur je repère grâce à la lumière verte qu’elle diffuse, la luciole qui matérialise le centre. Je m’installe bien au milieu de l’espace existant entre les deux extrémités de pipe et vérifie. Aie, la CSSM n’est pas très bien centrée.

- Moi : Surface

- Surf : J’écoute

- Moi : Bon il y a un décalage longitudinal d’environ 30 centimètres, il va falloir remonter un peu et faire un petit déplacement vers midi.

- Surf : C’est bon, on va déplacer un peu vers midi.

Parfait, le mouvement était suffisant et j’ai fait reposer la CSSM. Après une dernière vérification, la surface m’informe que je peux décrocher l’élingage et le faire remonter.

La manœuvre suivante consiste à remonter l’extrémité des deux tronçons de pipelines de manière à pouvoir les saisir dans les pinces hydrauliques. Pour cela, nous devons Laurent et moi gonfler la série de parachutes qui ont été installé à intervalle régulier sur les deux lignes.

Plusieurs dizaines de minutes plus tard, les tubes sont levés et en butés contre les pinces.

- Moi : Surface plongeur 1

- Surf : J’écoute PL1

- Moi : C’est bon, les pipes sont remontés, je retourne dans la chambre pour les sécuriser. Est-ce que tu peux démarrer l’hydraulique afin que je referme les mâchoires.

- Surf : C’est bon PL1 l’hydraulique est en route.

Pendant que j’actionne les manettes, je peux voir que le premier tube se centre correctement dans les pinces. Quelques minutes plus tard, le second pipe subit le même sort.

- Moi : Ok surface tu peux arrêter l’hydraulique les deux tubes sont bien en place.

- Surf : Bien reçu Francis.

Une fois sécurisé, nous devons maintenant nous occuper de placer la première des deux portes qui vont assurer l’étanchéité autour des tuyaux. Celles-ci pendent quelque part au milieu de la CSSM et il nous faudra grâce à divers palans les faire glisser délicatement autour du tube jusque contre les parois en extrémité de chambre, où elles seront maintenues en place par toute une série de boulons.

La fermeture de la première porte, réduit déjà fortement la lumière venant de l’extérieur, mais qu’à cela ne tienne, Laurent et moi nous avons l’habitude de travailler dans le noir.

Commence maintenant pour nous la partie la plus délicate de l’opération, c'est-à-dire dérouler prudemment les doubles jupes en caoutchouc qui devront assurer l’étanchéité autour des pipes et les fixer sur ceux-ci à l’aide de colliers métalliques.

Il faut y aller mollo, car les colliers de fixation sont très acérés et ont vite fait de percer le caoutchouc. Si tel était le cas, nous serions dans le caca, car déjà pour mettre en place une telle jupe sur la porte en surface n’est pas une sinécure même avec trois bonhommes, alors faire la même chose au fond à deux et sans trop de visibilité, non, il vaut mieux l’éviter et donc travailler sans se presser.

La mise en place de ces deux portes nous a pris pas mal de temps, et déjà il est temps de faire le changement de plongeur. Mais avant cela, je vais en profiter pour aller boire un coup dans la tourelle histoire de ne pas perdre de temps.

Une fois désaltéré, je retourne rapidement à l’intérieur de la CSSM pendant que dans la tourelle le bellman et le plongeur 2 permutent.

- Moi : Surface PL1

- Surf : Je t’écoute

- Moi : Ok, je suis à nouveau dans la chambre, tu peux commencer à pressuriser pour chasser l’eau.

- Surf : Bien compris, on commence à pressuriser.

Lentement, l’envoi d’héliox sous pression dans cette enceinte semi close commence à chasser les milliers de litres d’eau de mer. Pendant ce temps, le Baron Arnaud, mon nouveau coéquipier m’a rejoint.

Une dizaine de minute plus tard, nos têtes commencent à émerger de l’eau, mais comme il y en a encore trop, nous nous couchons sur le plancher pour éviter de devoir supporter le poids de nos casques.

OK, le niveau est encore descendu et il ne reste maintenant plus qu’un petit mètre et nous pouvons commencer à nous débarrasser mutuellement de nos harnachements à l’exception bien entendu de nos vêtements à eau chaude.

La chambre est maintenant complètement vidée de son eau, mais dans le faisceau lumineux de nos torches, nous pouvons voir qu’il subsiste quelques fuites au niveau des portes.

Pas de problème, car nous avons le produit miracle pour étancher. Pour l’instant, les communications en direct avec la surface ne sont pas encore branchées et je dois à nouveau passer par mon casque pour parler.

- Moi : Surface PL1

- Surf : Je t’écoute Francis

- Moi : C’est bon, la chambre est vide mais il y a encore quelques petites fuites que nous allons colmater avec de la « monkey shit » avant d’ouvrir la porte de module d’intervention de soudure sous-marine (MISS).

Cette monkey shit (merde de singe) n’est en fait que de l’argile, mais elle se travaille très facilement, un peu à la manière d’une pâte à modeler et colmate parfaitement la moindre fuite. Une demi-heure plus tard, tout est bien étanche, nous allons pouvoir commencer à gréer la chambre.

- Moi : Surface tout est étanche, on va ouvrir la porte du MISS et commencer à installer le matos.

- Surf : C’est bon, tu m’informes quant je pourrai passer sur les communications de la chambre.

- Moi : Bien compris.

Derrière la porte du MISS, se trouve toutes les liaisons qui vont permettre d’alimenter la CSSM en énergie : Communication, éclairage, ventilation, contrôle vidéo, analyse des gaz, hydraulique et bien entendu courant de soudage.

Rien que le branchement et le contrôle de toutes ces liaisons nous prend à nouveau 3 bonnes heures.

Ouf, c’est terminé. Tout est paré pour accueillir les rois du soudage hyperbare.

- Moi : Surface

- Surface : Je t’écoute

- Moi : C’est bon, tout est clair on a fini. Nous allons nous rééquiper pour sortir.

- Surf : C’est bien, bien travaillé, tu me rappelles dès que tu sors.

Finalement, après 10 heures passées au fond, la tourelle refait surface.

Dans les caissons, c’est l’effervescence. Les soudeurs ont pris possession des lieux. Ils ne restent en général que pour la durée du soudage, mais malgré tout, pour la plupart d’entre eux pas question de dormir sur la bannette du haut. Normal, il ne faut pas qu’ils soient courbaturés pour souder. Mais pas de temps à perdre, déjà une équipe de soudeur / tuyauteur accompagné d’un plongeur-bellman, a pris la relève pour partir au fond. Il faut dire que chaque minute compte car il y a un paquet d’argent en jeu.

Moi je suis fatigué mais content car la plongée s’est bien déroulée et nous n’avons pas eu de problème imprévu. Je vais donc pouvoir me reposer durant un bon bout de temps.

Pourtant, à peine dans ma bannette, j’entends que l’hydraulique de la tourelle se met en marche. Tiens, ça ce n’est pas normal, cela fait à peine une heure trente que les gars sont partis et déjà ils remontent. Sans doute ont-ils oublié quelque chose ?

Pourtant, à l’extérieur de l’ensemble de saturation, dans le contrôle plongée et sans que nous en soyons informé, l’ambiance est explosive. Notre bien aimé conducteur de travaux JPB fulmine.

- QUI A DECOUPE LE PIPE ?

Petit regard sur le rapport de poste du 11 décembre. Qu’y lit-on comme nom ? Le mien bien évidemment.

- QU’ON LE DECOMPRIME IMMEDIATEMENT, IL EST RENVOYE !

Moi bien à l’abri dans mon caisson, j’ignore tout de ce qui se trame là-haut.

Heureusement pour moi, mon compatriote Eugène n’est pas encore couché et bien qu'il ne soit plus de quart, se doute qu’il se passe quelque chose d’anormal et vient aux informations. Par chance, il entre dans le contrôle room, justement au moment où le big boss lance son ordre d’expulsion à mon égard. Aussitôt, il intervient.

- Attention Jean-Pierre, c’est vrai que c’est Francis qui a coupé le pipe, mais tous ces problèmes, il les avait signalés au chef de poste qui lui a dit de couper à cet endroit.

Jean-Pierre reste dubitatif.

- Alors, pourquoi est-ce que ce n’est pas inscrit dans le rapport de poste ?

Nouveau coup d’œil sur celui-ci. Etrangement, le rapport de cette date-là, semble avoir été modifié car aucune de mes remarques n’y figurent.

- Qui est-ce qui a fait la connerie alors ?

- Ben c’est Patrick.

Gros silence. Moi, je n’aurai ouïe de cette scène que quelques jours plus tard après ma sortie de caisse. N’empêche, j’ai eu chaud. Sans mon collègue, j’aurais sans doute été radié à vie de la Grande Maison.

Etrangement, aucune sanction n’a été prise à l’encontre des vrais responsables. Mais après tout, ce n’était pas mon problème puisque ma réputation était intacte.

N’empêche, cet incident nous obligeait maintenant à remonter la CSSM pour y installer une manchette plus longue qui devait être faite à la hâte et d’ensuite à nouveau reposer la chambre. Soit deux longues plongées supplémentaires avec à la clé une perte de plus de cent mille dollars. Finalement, deux jours plus tard, la chambre était à nouveau sur le fond, prête à recevoir les soudeurs.

Les deux autres équipes ayant passé leur plongée à remonter puis à reposer la chambre, c’était à notre tour de maintenant repartir avec les soudeurs. Manque de bol pour moi, comme j’avais été plongeur n° 1 lors de notre dernière plongée, je devenais automatiquement le bellman pour la plongée suivante, c'est-à-dire celle-ci.

J’espère, que cette fois j’aurai plus de chance que lors de mon séjour précédent où à cause d’une réparation sur une soudure, j’avais dû passer près de 19 heures dans la tourelle. Cette fois, je ne me laisserai plus avoir et pour ne pas m’emmerder, je prévois de la lecture et des mots croisés en suffisance. Important également, ne pas oublier les sandwichs, deux à trois fruits, l’indispensable bouteille pour pisser et bien entendu le plus important le cordage.

Une vingtaine de minutes plus tard, la check-list tourelle est terminée. Les deux spécialistes soudeurs m’ont rejoint, on va pouvoir y aller.

A cause de la faible profondeur d’eau, le transfert vers la CSSM est très court. - 23 mètres, la porte inférieure de la tourelle s’ouvre par équi pression.

- Moi : Surface porte ouverte stoppe la descente.

- Surf : C’est stoppé.

Par l’écoutille, je distingue parfaitement à quelques mètres plus bas le réceptacle de la chambre de soudure auquel nous devons nous connecter.

- Moi : Ok surface, tu peux descendre doucement la tourelle d’environ deux mètres jusqu’au-dessus du cône, je te dirai stop.

Doucement, la tourelle reprend son déplacement vertical.

- Moi : Stop.

- Surf : C’est stoppé.

La partie inférieure de l’écoutille se trouve maintenant à hauteur du cône.

Pendant quelques instants, j’analyse l’amplitude du déplacement que fait la tourelle. En effet, pas question de taper dans la chambre à cause de la houle, l’arrimage doit se faire en douceur un peu à la manière d’un vaisseau spatial. Ca y est, pendant quelques secondes le balan est à son minimum, j’en profite immédiatement.

- Moi : surf descend doucement

- Surf : Ca descend

- Moi : Stop

- Surf : c’est stoppé

- Moi : C’est bon, on est engagé dans le cône tiens-toi prêt à descendre les derniers 50 centimètres.

- Surf : Quand tu veux

Encore quelques secondes de patience puis :

- Moi : Vas-y, vas-y, vas-y

- Surf : On pose.

Petit choc, la tourelle ne bouge plus.

- Moi : Surface, on est posé, donne un peu de mou dans le câble et l’ombilical.

- Surf : C’est parti, on te donne 3 mètres et on stoppe.

Cette dernière manœuvre, diminue le risque d’arrachement de la tourelle suite à un mauvais mouvement de houle.

A l’intérieur de notre habitacle, j’attends à nouveau pendant une trentaine de secondes afin de vérifier notre stabilité. Parfait, on ne bouge plus. Je vais maintenant pouvoir lentement pressuriser la tourelle afin de chasser l’eau du sas d’accès.

Une fois terminé, il me reste encore à installer les quatre tirants de maintien entre la tourelle et la CSSM et les soudeurs pourront aller bosser.

- C’est bon les gars c’est à vous, bonne chance et n’oubliez pas de refermer immédiatement la porte de la chambre si vous ne voulez pas mourir noyer.

En effet, le transfert dans la chambre est le moment le plus périlleux, car il ne faudrait pas que le bateau dérade à ce moment-là car pour sûre, malgré les tirants il arracherait la tourelle ce qui aurait comme conséquence de noyer la chambre immédiatement avec les risques qu’on imagine. Ce genre d’incident avait d’ailleurs déjà eu lieu par le passé, mais fort heureusement, les soudeurs étaient déjà dans la chambre avec la porte close. Le bellman par contre avait eu la frayeur de sa vie car suite à cela, la tourelle était tombée sur le fond et s’était renversée inondant tout l’intérieur.

Heureusement, tout c’était bien terminé et tout le monde était remonté sain et sauf.

Ici, tout c’est bien passé et je suis maintenant seul dans ma capsule qui tout d’un coup me parait bien plus spacieuse. Bon, comme je suis là pour un bon nombre d’heure, par quoi vais-je commencer ? Si je regardais les poissons qui nagent à proximité des projecteurs extérieurs ? Comme ils ne sont pas exceptionnellement jolis, j’en ai vite marre.

Ca me barbe, je vais plutôt passer aux mots croisés. En 13 lettres qui commence par un S et fini par S: Les deux premiers s’appelaient Charles et John DEANE. Putain, cela me dit quelque chose, mais quoi ? Pendant que j’essaye de m’occuper tant bien que mal à ce jeu, à l’intérieur de la chambre nos deux bonhommes s’activent bruyamment.

Apparemment, le tuyauteur est occupé de meuler un chanfrein sur l’une des extrémités de tube, pendant que l’autre installe le coupe – tube hydraulique sur le second pipe pour le couper à la longueur exacte de la manchette.

Lentement, le temps passe. Pour l’instant, je suis passé à la lecture d’un bouquin très instructif, une sorte de bouquin d’éducation sexuelle qui me raconte les prouesses de Son Altesse Sérénissime le Prince Malko Linge avec sa copine la comtesse Alexandra.

- Ah ! intéressant, à retenir.

- Oh ! le salaud.

Mais finalement, je ne sais pas si cela me fait du bien de lire ce genre de lecture après deux semaines de barge. Résultat, nouvelle séquence aquarium.

- Moi : Surface

- Surf : J’écoute

- Moi : Ca va, ça se passe bien en bas ?

- Surf : Affirmatif, ils sont occupés à positionner la manchette entre les deux pipes.

- Moi : Merci

Allons bon, cela fait déjà un quart du temps de passé. Si je faisais une petite sieste ? Evidemment, pour cela pas question de se reposer recroqueviller sur le petit strapontin, j’ai bien mieux.

Je sors l’indispensable bobine de corde et me voilà occupé à confectionner un hamac entre les divers points d’attaches présent à l’intérieur. Le voilà terminé. Evidemment, il n’est pas bien grand, mais tout de même suffisamment pour que je puisse y mettre la moitié du corps jusqu’au cul. Pour les jambes, sorry pas assez de place elles resteront en pendant.

- Moi plaisantant : Surface, tu peux éteindre la lumière

- Surf : Et puis quoi encore !

- Moi : Tu es un salaud, aucune compassion pour le petit bellman que je suis.

Bien entendu, que je ne vais pas dormir alors que j’ai deux gars dans la chambre, mais au moins maintenant je suis un peu mieux installé pour me reposer. Inexorablement, le temps passe, minuit, deux heures, cinq heures, cela fait bientôt 10 heures qu’ils sont en train de travailler.

- Moi : Surface, ils en sont où ?

- Surf : Ils sont à la dernière passe.

Ouf, cela ne devrait plus être tellement long maintenant, je peux déjà commencer à démonter mon hamac. Effectivement, trois quarts d’heure plus tard, la surface m’informe qu’ils ont terminé et qu’ils se préparent maintenant à faire le contrôle des soudures aux rayons X.

7h20, la porte inférieure s’ouvre enfin et nos deux rois de la soudure apparaissent les traits tirés. Pour éviter les radiations générées par la source radioactive, ils sont obligés de venir se mettre à l’abri dans la tourelle lors de chaque tir. Pas sûr d’ailleurs que même ici nos burettes n’en prennent pas un coup car la source n’est qu’à quelques mètres de nous.

Voilà, il est 9h05 heures. C’est terminé, je peux enlever les tirants de maintien et refermer la porte intérieure de la tourelle.

- Moi : Surface, tu peux nous remonter.

Une fois en surface, le contrôleur NDT récupère immédiatement les radios et va les développer dans son labo. Suspense.

Le voilà qui revient : Verdict, tout est bon, aucun défaut de soudure.

Dans le caisson, les soudeurs se congratulent tout en faisant le geste de tirer sur le manche du tiroir-caisse. Ils ont de quoi avoir le sourire, car comme à chaque soudure réussie du premier coup, il empoche une prime substantielle de plusieurs milliers d’euros.

Evidemment, cela peut paraître excessif, mais n’est pas soudeur hyperbare qui veut.

Comme ils n’ont pas d’autre soudure à faire dans la foulée, Serge, notre caisson master leur signalent qu’ils doivent passer dans le caisson de décompression.

Ouf, nous aurons à nouveau un peu plus de place dans notre caisson.

Au cours des jours suivants, je ferai encore quelques plongées pour des travaux divers. Puis finalement, le 21 décembre, le jour de la délivrance de ce (court) séjour a sonné pour Laurent et moi. Après 19 heures de décompression, nous revoyons enfin le soleil.

Comme toujours, en pareil cas, nous avons l’air de deux zombies car nous avons perdu pas mal de globules rouges dû au fait d’avoir respiré un mélange gazeux dont la pression partielle d’oxygène était supérieur à la pression normale.

Heureusement, ils nous restent encore quelques jours pour se refaire un petit bronzage sur la piste hélico après le poste de travail.

29 décembre, ça y est le jour du départ est arrivé. Ce matin, je me suis douché et pomponné bien plus que d’habitude histoire de laisser ici de mes problèmes de chantier.

10h00, attention l’hélico est annoncé prière de se tenir prêt. Vite un dernier au revoir aux collègues qui restent et :

- Putain où il est mon sac de voyage ? Je l’avais pourtant déposé au pied de l’escalier.

Immédiatement je sais par où je dois chercher. Je lève les yeux vers le ciel et comme je m’y attendais, vois mon sac pendre là tout en haut au crochet de la grue.

- SVP monsieur le grutier rend moi mon bagage.

Entre temps, l’hélico vient d’atterrir. Ouf, mon sac descend et je cours le saisir.

- Aie, il pèse une tonne.

Et merde, c’est encore ce farceur de Philippe qui y a mis 2 grosses manilles de 15 kg. Je les sors en toute hâte et les jettent sur le pont, puis monte quatre à quatre les marches qui mènent à l’hélideck.

Contrairement à nous, les gars qui débarquent n’ont pas trop le sourire. Normal, ils devront passer nouvel an à bord et râlent un peu.

Heureusement, et j’en suis certain, d’ici quelques jours ils seront à nouveau habitués à ce genre de vie.

Quant à moi, encore une très brève escale à Ciudad de Carmen

et puis en route pour ma petite Belgique où je rentrerai juste à temps pour passer le réveillon avec ma petite famille.

Papy One

Quelques photos et dessins pris sur Internet

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 11:55

December 81, for the fifth time this year I find myself working again in the GOM (Gulf of Mexico) on the TARASCO barge. My arrival on board did not happen without some mishaps that I think are at the root of my first three gray hairs.

It all started on November 30, the day of my departure on the AF 067 flight to Houston. That day, as usual, I chose a seat next to a window in the right row.

On board of the plane, all was quiet, the afternoon film was over and most of the passengers were reading or dozing while waiting for lunch. I had opened my window pane and to pass time, looked the Atlantic Ocean scrolling some 40,000 feet below.

No land or no boat was visible,water out of sight everywhere. Then suddenly at the horizon a small black dot followed by a white streak appeared.

- Look, a plane! I thought immediately.

Of course, at this altitude the horizontal visibility was excellent and exceeded several tens of kilometers. While continuing my observation, I could now see that the other plane which was flying at two o’clock of our axis followed a course more or less perpendicular to ours.

As the seconds passed, I could see that the angle of approach of the two planes did not change. Clearly, this therefore meant that we would cross. What worried me a bit was that the other aircraft was flying at about the same flight level that we did.

Having myself passed my private pilot's license a few years earlier, I knew that theoretically the vertical distance between the two aircrafts should have been at least 300 meters. It was now about one minute that I started to observe the other plane and as time passed, that one seemed to come dangerously close.

- What are the pilots doing I thought?

For sure they have each connected the autopilot and do not pay attention to what is happening outside.

- Do I have time to ring and inform the hostess of the situation?

- NO TOO LATE! Through the window, I can see the other plane rushing right on us and then suddenly disappears from my field of vision. He just passed over us at less than fifty meters. In the cabin, we suddenly heard the reactor noise during a brief moment which was immediately followed by some turbulence.

Nobody in the cabin except a few passengers realized this near miss, apparently not even the pilots. I knew that we had a narrow escape.

Result, during the evening in Mexico City I need to have some tequila's in the Zona Rosa bars to get rid of these emotions.

Next morning up at 04:30 a.m. with a small headache.

For I do not know why, we need to get to Ciudad del Carmen via Mérida in place of a direct flight as we did to the accustomed.

06:30 a.m. departure of the flight to Merida in Boeing 637.

The flight is proceeding smoothly. Then shortly before to begin its descent, the captain made us the following announcement:

- Señoras y señores,

-We soon arrive in Mérida.

- Landing conditions are not very good because there is a thick ground fog.

- We will try one approach, but in case of failure, we will be diverted to Cancun where the weather is better.

- Now please straighten you seat etc. etc. etc...

Once again I am sitting next to a window at the back of the plane. Slowly, the pilot reduced speed and began his descent to the airport.

A few minutes later, flaps down. We are always in the clouds. Lowering of the landing gear. Another turn to the left and here we are in final approach.

Pilots have set full flaps and are now playing with the throttle to maintain a good descent angle. Through the window, still nothing to see, we are in a pea soup. Instinctively I tightened my belt a little more.

From the noise of the engines, I think we must not be far from the runway.

That's it, I see the ground. We are already very low, 20 to 30 meters at most. Suddenly under the cabin, grass. We are not at all over the runway.

At the same time, in the cockpit the pilots set full speed on the engines and after a few seconds the aircraft starts to climb towards the sky while taking the landing gear in.

But the Boeing had barely come up a few meters that I saw at once the right wing pass just above the control tower.

-Wouah! we still escape.

Moments later, once the situation was well under control, a new announcement came through the microphone.

- Señoras y señores as you were able to realize for yourself, ground visibility was not very good. As the airport is not equipped with an adequate approach system, we will divert to Cancun. We apologize for the inconvenience etc ....

Few tens of minutes later we made a normal landing on the said airport.

Around noon, we learned that the fog rose in Mérida and we could leave. Finally, in the late afternoon we arrived safely at Ciudad Del Carmen where we found our usual hotel where we will spend the night.

Needless to say, we felt obliged to go for some ” cervezas” in greasy local bars to (again) get rid of our emotions.

Third day of this long journey, meeting at 9:00 a.m. at the heliport.

There, a great, big, fat and sticky security officer controls our papers before allowing us to go into the waiting room for the people embarking on the offshore installations. Once the formalities completed, an officer picked us up to lead us to the chopper.

I recognize Rambo a veteran of the Vietnam War that given his way to fly, has apparently kept certain nostalgia of this period. Quietly, after putting our luggage in the hold, we sit on the benches.

Rambo greets us and asks us to attach the belts and put our ear muffs on, then once his checklist completed starts the engine.

The rotors begin to turn. The more they turn, the more noise and vibration in the cabin became intense. Here it is, the rotation speed of the blades must be good.

The pilot takes a quick look left and right, and then activates his sticks. The helicopter slowly rises 2 to 3 meters, inclines slightly forward and begins to fly toward the runway.

Small turn to the left , there it is, we are facing the sea and our Rambo begins its ascent.

- BANG ! - BANG!

Suddenly, an explosion is to be heard above our heads.

- What is it?

We get worried because apparently the situation is not normal. Indeed, in less time than it takes to say, the pilot lands the chopper on the ground and shout us to evacuate.

No need to tell us twice, we open both side doors and get out quickly from the helicopter.

Outside, a liquid is spurting intermittently below the main rotor. In our minds immediately the signal "DANGER OF EXPLOSION" lights and we start to run as fast as we can to get away from the danger zone.

Great moment of stress, will it explode or not? Luckily, nothing happens. The rotors are now completely stopped and nothing sprays from the engine anymore.

Apparently a simple hydraulic hose that is broken. Clearly, this is not yet the time we will go to heaven.

An hour later, another helicopter was ready to take us to the field where we finally arrived safely on the 2 December 81.

So I'm finally back on board after this eventful trip, Kuku our administrative informs me that I am doing the night shift.

Shit, I don’t like this shift too much because I always find it difficult to fall asleep in the afternoon and so have the most difficulties to get up at 11 p.m.

Fortunately for me, I wouldn't support this for long because it is expected that I will go in sat in 3 days.

Indeed, on the 6 of December at noon, I’m back in the recompression living chamber with my colleague, the great Laurent. Just time to do a small siesta and we are ready to go for a first dive. As it’s already 15 hours that I am up, Laurent, who was doing the day shift, offers to make the dive. I will therefore be his bellman.

Everything goes well on this first dive and at 11:30 p.m. the diving bell is back on deck. Quick, a little shower, a small meal and here I go for a non-stop twelve hours sleep.

Presently, we are making pipelines connections by hyperbaric welding, which means that most of the dives carried out during the following days are intended to prepare the installation of an underwater welding Chamber.

Friday, December 11, 11:15 a.m. It's again my turn to dive. While my colleague goes into the diving bell to make the check-list, my Belgian compatriot Eugene, who is the diving supervisor of the night shift quickly explains me what I will have to do.

-Eugene: Hi Francis slept well?

-Me: Yeah thanks.

-Eugene: Good I explain you the situation on the bottom. The two ends of the pipelines are side by side. Patrick, the previous diver has made the metrology on the butt to be removed, and has started the cutting. But apparently, he had some difficulties and he preferred to stop the cutting. So the first job for you, finish the cutting.

-Me: No problem.

Of course, on board everyone knows that I like cutting jobs and I must say without false modesty that I defended rather well in this discipline. 11:50 a.m., we are at the bottom and I'm ready to get out of the bell.

-Me: Surface how do you read me?

-Eugene: Five on five Francis.

-Me: Ok I go.

Slowly I let myself slide into the water. Standing on one of the bell counterweights, I throw a quick circular glance to well identify the situation.

Along one of the pipe sections, I can see the big 10 tons parachutes that sway slightly in the current. Then there on the bottom, a few meters from the bell, the end of the pipeline on which I have to work.

-Me: Ok surface, slack my umbilical, I go down.

Within a few seconds I'm on the bottom.

Shit! I know that my colleague Patrick is, with one handful of other divers, the King of deep diving but as what concerns his cutting hability it’s to cry. What would have been a neat and clear cutting through the steel is in reality just a series of holes poorly aligned on a distance of about 30-40 centimeters.

OK no problem, I'll be able to repay his mistake by starting a new cut just beside his.

But what worries me more is that he has also made a 10 cm askew cut on the top of the tube.

-Me: Surface.

-Eugene: Yes I listen.

-Me: Tell me, has Patrick explained you what he did?

-Eugene: Yes, as I told you, he began cutting, but then preferred to stop because it wasn’t going well.

-Me: Well I can tell you that he did a nice shit job and before continuing, I will first take a few measurements because at first glance his cut is outside the tolerable limits.

-Eugene: Oh shit! Well Francis, I will leave you with Jean Pierre now because it is noon. It is he who takes the suite.

-Me: Ok, then have a good night Eugene.

It is now the turn of Jean Pierre G. supervisor of the day shift to greet me.

Very quickly, I explain again the situation while I took a few measures. Indeed, the piece of pipe that has to be removed must be cut to the precise distance of 100 centimeters from the end of the second pipeline, as it is between this gap that the future spool piece will be welded between the two pipelines.

Unfortunately, what I feared materializes.

-Me: Surface

-J.P: yes I listen.

-Me: Okay I just re-measured.

The like a machine gun cutting of Patrick lies plus or minus 90 to 98 cm from the stipulated axis and there, no problem I can retrieve the cut.

On the other hand, the small cut he made on the top of the pipe is ranging from 102 to 110 cm, thus behind the axis.

What am I doing, cut at 110?

-J.P: Hum! Stand-by.

After a few seconds of reflection, Jean-Pierre informs me that I have to cut at the planned cote, i.e. precisely at one meter. It leaves me a bit puzzled.

-Me: Are you sure?

-J.P: Yes, don’t bother for the small cut; welders will work it out in the chamber.

-Me: Understood.

Let me some time, I install my cutting guideline. Indeed, to achieve a perfectly straight cut, I manufactured a template consisting of a single piece of rope that I passed inside a rubber hose to avoid the rope to burn.

The set is then passed around the tube just in front of the cutting line and maintained in place by a strongly tight knot. Before beginning, I make sure that earth clamp is in place and that oxygen flows out correctly outside the Craftsweld torch. I then put the end of my electrode against my cutting guide and announce:

-Me: Surface I'm ready, make it hot.

-J.P: Hot!

On the surface, the tender closes the circuit safety switch. Immediately, the 400 amps sent in the cables generates an electric arc at the end of my rod and a soft and regular crackling is heard as I move it.

-Me: Make it cold!

Immediately the tender opens the safety switch.

-J.P: it is cold!

The cutting of the current allows me to place a new electrode into the burning torch without risking electrocution. The electrode change takes about twenty seconds, then once the tip of my new rod in place where I had stopped I ask contact again.

While I’m cutting, I ask myself why so many divers from the company are poor burners. Ok, this is understandable when there is no visibility because then divers have to work on touch and on hearing and this is only acquired with long hours of practice, but with a visibility as today, frankly I do not understand. Already if the famous school of Marseille would learn the future divers to not be afraid of this tool and taught them to hold the rod at 2 or 3 centimeters from the electric arc, it would be a major step forward because they could move the electrode in a more stable and regular manner.

While I'm wondering, time passes and I have now burned my ninth and final cutting rod.

-Me: Surface, you can cut the juice I finished cutting.

-J.P: Ah Francis, damn! how are you doing this, 15 minutes to cut 2.87 meters, it's not possible I can't believe it!

-Me: But sure it is possible, you know why?

-J.P: No -Me: Because at the bottom the Belgians are not so clot Hi! Hi! Hi!

-J.P: good point you're right. Can you still cut two holes for the slings at the end of the butt?

-Me: It's good I do it.

A few minutes later, it’s finished and I inform the supervisor to pull up the cutting gear to the surface.

-J.P: Ok Francis, the material is on the surface. Can we send the crane cable to fix it at the end of the tube?

-Me: No problem, send it.

A ten minute later the butt is slung and ready to be recovered. As the visibility is excellent, I move myself a little before beginning the recovery procedure.

-Me: Surface you can pick up the slack from the crane gently.

-J.P: we take it up gently.

Slowly, the excess cable begins to ascend to the surface and then slowly tightens under the effect of the weight.

-Me: Surface it is ok, everything is clear, you can take it up, I'll put myself away under the diving bell.

I use these few minutes of stand-by to quickly go back into the bell for a drink because I know that what awaits me in a few minutes will be a little harder. Indeed, now I have to start the removal of the concrete protective layer from one of the pipe ends to a length of about 7 meters.

To do this, the surface will send me a high pressure gun through which a fine jet of water passes at a pressure of 1400 bars and with this I will be able to cut the 14 cm thick concrete that surrounds the pipelines. The tool is pretty darn efficient, but needless to say it is otherwise more dangerous to handle than the oxy - arc torch because the slightest clumsiness may cause very deep wounds.

Because of the delivered pressure it is also very tiring to use and is hard to maintain the trigger in working position. Because of the risk of accident, it is of course forbidden to attach the trigger; the machine must stop working as soon as the trigger is released.

Third downside and not the least, the noise, to me this is the most terrible to bear. Once running, the gun emits a sharp whistle similar to the noise made by a fighter jet engine and in my helmet it certainly exceeds 100 decibels. It is simple, in general and in spite of the depth of water, the noise issued by the unit is even heard in the cabins of the barge.

Here, at the bottom of the Gulf of Mexico, the concrete removal procedure is simple. A kerf at 12 O'clock, one at 5 O’clock and a third at 7 O’clock.

Afterwards the making of a circular cut at the end side of the 7-meter will be enough to knock the three pieces down.

Of course the cutting of such a length in the concrete is not made in a few minutes but rather in two or three hours as at a regular interval, I have to stop to avoid cramps in the hands. During one of these periods Jean-Pierre asks:

-J.P: Everything all right Francis? Is the concrete is not too hard?

-Me: Repeat I have not heard.

-J.P: it's not too hard?

-Me: Speak louder I don’t understand

-J.P: I ASK YOU IF THE CONCRETE IS NOT TOO HARD?

-Me: Ah, no it's going, it’s a Belgian concrete.

-J.P: AH, WHY? -Me: Because the concrete is fried (crumbling) (Belgian joke).

-J.P: Ah! Ah! Ah! You fool.

I am continuing my hard work. And then after a while, the supervisor asks me if I want to be replaced by Laurent. Phew, I'm not angry because I have tinnitus full my ears.

As a result, the same punishment for my colleague who also has to do his four hours of HP jetting.

Now all what will remains to do to the two following teams is to clear the concrete debris, install the plugs inside the pipes, and then align them so that they are in line before the descent of the welding Chamber.

Saturday, December 12. That's it, everything is ready on the bottom and it’s our turn to dive to install the welding chamber.

As the work requires the presence of two divers in the water, Laurent and I leave this time with a third colleague.

During this dive, I will be n° 1 so in clear it means that I'll spend a long time underwater water while the other two divers will be able to swap during the dive. But for me this is really not a problem because I always feel good under water.

Once again we're on the bottom and I am announcing to the diving supervisor in charge that I leave the diving bell. Eugene notes my departure time in the dive report: 02:22 a.m.

As Laurent prepares to join me, my first job consists to fix two guidewires on the pipes to prevent that the welding chamber turns on herself during the descent, but also to bring her to the right place because we have only very little tolerance.

Once installed, it’s up to the crane to lift the enormous mass of steel and bring it gently, despite the movements of swell over the side to let it slide along these same guidewires.

-Surface: Divers, take care the chamber is ready to be lowered. Put your self’s away under the bell.

-Me: Understood, we go under the bell. Tell me, did you put the plumb-line inside the chamber? -Surface: Yes the centre of the chamber is well marked out, and we have also put a flare so that you can properly locate it.

This plumb-line that represents the centre of the chamber is very important because it is thanks to it that I will be able to check if the position is correct.

-Surface: Divers, chamber is coming down.

As the depth is not that important, I quickly distinguish the (HWC) Hyperbaric Welding Chamber.

-Me: Ok surface I can see the chamber, come down slowly until I say stop.

At 2 meters from the bottom, I stop the descent and returns on the pipe. After having checked the lateral centring, I gently put the HWC on the bottom.

-Me: OK surface chamber stays on the bottom; I’ll go inside to check the alignment.

-Surface: Understood you go inside.

I carefully pass through the chamber lock, then once inside thanks to diffused green light I immediately locate the plumb-line. I put myself between the two pipe ends and check. Oh, the HWC is not well centred.

-Me: Surface

-Surface: I listen

-Me: Well there is a longitudinal offset of about 1 foot, it will have to come up a little and do a little move to twelve o’clock.

-Surface: It's ok; we'll move the barge a little to 12 o’clock.

Perfect, the small displacement was sufficient and I can lower the HWC again onto the bottom. After a final check, where I inform the surface that position is correct, they allow me to unhook the slinging and let it come up.

The following step now consists to lift the ends of the two pipeline sections so that they can be tighten into the hydraulic clamps. To do this, we need Laurent and me to blow up all the parachutes that have been installed at regular intervals on the two pipelines.

Tens of minutes later, the pipes are raised and chock up against the jaws.

-Me: Surface diver 1

-Surface: I listen diver 1

-Me: It's good, the pipes are up, and I go back in the chamber to secure them. Can you start the hydraulic so that I can close the jaws?

-Surface: it's alright diver 1 hydraulic is on.

While I operated the joysticks, I can see that the first pipe end enters correctly into the clips. A few minutes later, the second pipe suffers the same fate.

-Me: Ok surface you can stop the hydraulic, the two tubes are held in place.

-Surface: Well received Francis.

Once secured, we must now place the first of the two sealing doors around one of the pipe.

These are hanging somewhere in the middle of the HWC and through a hoisting system we need to drag them up gently around the tube to the end of Chamber walls, where they will be held in place by a series of bolts.

The closure of the first door, reduced already strongly the light coming from the outside, but no matter, Laurent and me are used to work in the dark.

For us now starts the most delicate part of the operation, which consists to carefully unwind the double rubber skirt that will seal around the pipes and fix them with metal clamps. We must proceed carefully, because the clamp bands are very sharp and can easily puncture the rubber.

If that were the case, we would be in big shit because to install such a skirt on the door at the surface is already not easy even with three men, then doing the same thing only with two at the bottom of the sea and without too much visibility, no, it is better to avoid it and therefore work without rushing.

The installation of these two doors took us quite some time, and it's already time to make the change of diver.

But before that, I will take the opportunity to go back to the bell for refreshment. Once quenched, I return quickly inside the HWC while that in the diving bell the bellman and the Laurent switch.

-Me: Surface

-Surface: I listen

-Me: Ok, I'm back inside; you can begin to pressurize the chamber to expel the water.

-Surface: Understood, we begin to pressurize.

Slowly, the heliox pressure flow sent inside the open bottom chamber begins to blow out the thousands litres of seawater. During this time, the Baron Arnaud, my new team-mate has joined me. Some ten minutes later, our heads begin to emerge from the water, but as it is still too high, we lie on the floor for a few more minutes to avoid having to bear the weight of our helmets.

OK, the water level is still coming down but there is now no more than a little meter and we can begin to mutually rid ourselves of our diving gear with the exception of course of our hot water suits. The welding chamber is now completely emptied of its water, but in the beam of our torches, we can see that there are still a few leaks at the doors.

But no problem, we have a miraculous sealing product.

At this time, online communications with the surface are not yet connected and I must again go to my diving helmet to talk.

-Me: Surface diver 1

-Surface: go ahead Francis

-Me: It’s ok, the chamber is empty, but there are still some small leaks that we'll seal with the "monkey shit" before opening the door of the underwater welding intervention module (UWIM).

What we call monkey shit is nothing else than clay, but it works very easily and fills perfectly the slightest leak. Half an hour later, everything is watertight; we are now able to start the rigging of the HWC.

-Me: Surface everything is sealed; I will open the door of the UWIM and begin to install the gear.

-Surface: It's good; you informed me when I will be able to pass on the chamber communications.

-Me: Understood.

Behind the door of the UWIM we find all the links that will help to supply the chamber in energy: Communication, lighting, ventilation, control, video, analysis of gases, water and of course welding current. Making all these connections and controlling them has taken us another 3 hours.

Phew, it's over. Everything is now ready to host the Kings of hyperbaric welding.

-Me: Surface

-Surface: I listen

-Me: It’s ok, everything is clear we have finished. We are going to dress up to get out.

-Surface: Well, good work guys, you call back as soon as you leave.

Finally, after 10 hours spent at the bottom of the sea, the diving bell resurfaced.

Inside the living chambers, there is some excitement. Welders have taken possession of the place. They generally only stay for the duration of the welding, but even so, for most of them they don't want to sleep on the top bunk and so some divers have to move for them.

But no time to lose, a team of welder / pipe fitter with a diver-bellman, has already taken over for a new departure to the bottom. It must be said that every minute counts because there are a bunch of money at stake.

I'm tired but happy because the dive went well and we didn't have unexpected problems. So, now I will be able to rest during a long time.

Yet, barely in my bunk, can I hear that the bell transfer hydraulics is switched on. Hoh! this is not normal, it's barely an hour thirty the guys are gone and already they come back.They have probably forgotten something?

However, outside the saturation living chamber, in the diving control room and without we know it, the atmosphere is explosive. Our beloved JPB the Diving Superintendent fulminates.

-WHO CUT THE PIPE?

Little look at the daily report of December 11. Which name can be read? Mine of course.

- DECOMPRES HIM IMMEDIATELY, HE IS FIRED!

I, far away in my saturation chamber do not know what is happening up there. Luckily for me, my compatriot Eugene is not yet sleeping and although he is out of shift, suspects that something abnormal happens, and comes to the information.

By chance, he enters into the control room, precisely at the moment when the big boss fires me. Immediately, he intervenes.

- Look Jean-Pierre, it is true that Francis cut the pipe, but he reported all these problems to the Supervisor who told him to cut at this location.

Jean-Pierre remains doubtful.

-So, why is this not registered in the daily report?

New look at it. Strangely, this report seems to be modified because none of my comments are written down.

-Who made the bullshit then?

-Well it is Patrick.

Silent moment. As for myself, I will only have hearing of this scene a few days later when I came out of sat. But I got a narrow escape, without my colleague, I would probably be banned for life from the great Comex Diving Company.

Strangely, no sanction was taken against the real responsible. But after all, it wasn't my problem since my reputation was intact.

Nevertheless, this incident required us now to bring back the HWC to re-install a longer spool piece which was made in haste and then again reposition the welding chamber. This meant two more long dives as with consequences: a loss of more than one hundred thousand dollars.

Finally, two days later, the welding chamber was again ready to receive the Welders.

As the two other teams had spent their time to re-positioning the HWC, it was now our turn to go down with the welders. Bad luck for me, as I had been diver one during our last dive, I was now becoming the bellman for this one. Let’s hope that this time I will have more luck than during my previous stay with them where due to a weld repair, I had spend nearly 19 hours in the bell.

This time, they will not have me and to not piss me off, I plan to take sufficient books and some crosswords. Important also, not to forget the sandwiches, two or three fruits, the bottle to piss, and the most important: a piece of rope.

About 20 minutes later I’ve done the bell checklist and the two welder’s specialists have joined me. We are ready to go down.

Because the shallow water depth, the transfer to the welding chamber is very short.

-23 meters, the bottom door of the bell opens due to the equivalent pressure.

-Me: Surface door open STOP the descent.

-Surface: It is stopped.

Through the hub, I can perfectly well see the welding chamber receptacle to which we have to connect.

-Me: Ok surface, you can come down slowly about two meters on the bell until we are above the top of the cone, I'll tell you stop.

Gently, the diving bell resumes its vertical displacement.

-Me: Stop.

-Surface: It is stopped.

The lower part of the hatch is now at the height of the cone.

For a few moments, I analyze the amplitude of the movement made by the bell. Indeed, I’ve to avoid that the bell smashes into HWC because of the swell, docking must be smooth, a bit the way of a spacecraft.

Here it is, for a few seconds the up and down movement of the bell is at a minimum, I react immediately.

-Me: surface down easy

-Surface: Coming down

-Me: Stop

-Surface: it is stopped

-Me: It is good; we are engaged in the cone. Hold yourself ready to come down for the last 2 feet.

-Surface: When you want to

Then again after a few seconds:

-Me: Down, down, down

-Surface: Understood

Little shock, the bell no longer moves.

-Me: Surface, bell is docked; give a bit more slack in the cable and umbilical.

-Surface: Ok, I give you 3 meters more and I stop.

This latest maneuver is meant to reduce the risk to tear the diving bell from the welding chamber following a bad swell movement.

Inside our bell, stand by again for some 30 seconds to ensure our stability. Perfect, it no longer moves. I will now slowly pressurize the inside in order to flush the water from locker. Once completed, I still have to install the four fixing screws between the trunk and the HWC and the welders can go to work.

-Ok guys it is up to you now, good luck and do not forget to close the door of the chamber immediately if you do not want to drown.

Indeed, the transfer into the chamber is the most perilous moment, as for sure it would not be good that our dynamic diving support loses his position at this time. Because despite the screwing docks the bell would be torn off and the chamber immediately filled with water with the consequences that one can imagine. This kind of incident occurred in the past, but fortunately, the welders were in the chamber with the door closed.

The bellman however had the fright of his life because the bell had fallen on the bottom and was reversed, flooding the entire interior. Fortunately, everything ended well and everyone was recovered safe and sound.

Here, everything went well and now I am alone in my capsule that suddenly seems much more spacious. Okay, as I'm here for a bit of time, what will I start with? If I looked to the fishes that swim around the bell projectors? As they are not exceptionally pretty, I’m quickly fed up.

It’s boring, I rather do some crossword. In 6 letters which begins with a D and finished by S: the first two professionals were Charles and John DEANE. Damn, this told me something, but what? While I try to be concentrated on this game, inside the chamber our two craftsmen bustled loudly.

Apparently, the pipefitter is busy grinding a bevel on a pipe extremity, while the other installs the hydraulic pipe cutter on the second pipe to cut it to the exact length of the spoolpiece.

Slowly, the time passes. For the moment, I’m reading of a very informative book. A kind of sexual education book that tells me the prowess of His Serene Highness Prince Malko Linge with his girlfriend Countess Alexandra.

Ah! Interesting to remember. Oh! The bastard. But finally, I do not know if it makes me good to read this kind of book after two weeks on board. Result, a new sequence of fish watching.

-Me: Surface

-Surface: I listen

-Me: How does it go in the chamber?

-Surface: Everything goes well; they are busy to position the spool piece between the two pipe ends.

-Me: thanks

Good, a quarter of the time has already gone over. If I was doing a little siesta? Of course no question for me to rest curled on the small seat, I have much better. I take out the coil of rope and start to make a hammock between various fixing points present inside my bell.

Here it is finished. Obviously, it is not that big but still long enough so that I can lie half of my body in it. For the legs, sorry not enough room they will remain hanging out.

-Me jokingly: Surface, you can turn off the light?

-Surface: And then what again!

-Me: You're a bastard, no compassion for the little bellman I’m.

Of course, that I will not sleep while I have two guys in the chamber, but at least now I'm a little better installed to rest. Inexorably, the time passes, midnight, two O’clock, five O'clock, nearly 10 hours that they are working.

-Me: Surface, How far are they?

-Surface: They are doing the last pass.

Phew; it should not be so long now, I can already begin to disassemble my hammock. Indeed, three quarters of an hour later, the surface informs me that they have completed their work and are now preparing to x-ray the weld.

7:20 a.m., the welding chamber door finally opens and our two welder appears.

To avoid the radiation generated by the radioactive source, they are forced to take shelter in the bell at each shot. Not sure that even here our balls are safe because the source is only a few meters from us.

Now it is 9:05 a.m., the job is finished I can remove the screws and close the inside door of the bell.

-Me: Surface, door closed, you can come up at the bell.

Once on the surface, the NDT surveyor immediately retrieves the x rays shots and goes to develop them in his lab. Suspense! There it is: Verdict: Everything is good, no welding defects.

In the saturation chamber, welders congratulate each other while making at the same time the gesture to pull on the handle of a slot machine and win the jackpot.

Normal that they have a smile, because for every successful weld at the first shot, they pocket a substantial bonus of several thousand euros.

Of course, this may seem excessive, but isn't hyperbaric welder who wants to.

As there is no other weld to be done in the aftermath, Serge, our chamber operator informs them that they must pass into the decompression chamber.

Phew, we have again a little more room for ourselves.

As for me, I will still make a few dives during the following days, and then finally, on 21 December, the day of delivery rang for Laurent and me. After 19 hours of decompression, we finally review the sun.

As always in such cases, we look like two zombies because we lost quite a lot of red blood cells from the fact of having breathed a gas mixture with a partial pressure of oxygen higher than normal pressure.

Fortunately, there remain a few more days to go for us that we can use on the helideck to become tanned again.

29 December, the day of departure has arrived. This morning, I showered longer than usual.

10:00 a.m., ATTENTION! ATTENTION! the chopper is announced please stand by. Quickly a last goodbye to the colleagues who remain here and:

-Damn where is my travel bag?

I still had it at the foot of the stairs. Immediately I know where I need to look. I look up to the sky and as I expected, see my bag hanging there in the hook of the crane.

-Please Mr. Crane operator gives me my luggage.

Meanwhile, the helicopter has landed. Whew, my bag is down and I run to grab it.

-Fuck, it weighs a ton. It's again this bastard of Philippe who put 2 large 15 kg shackles in it. I got them out in haste and throw them on the bridge, then run on the four steps leading to the helideck. Unlike us, the guys who just landed don’t look so happy. Normal, they will spend New Year on board and fume a bit.

Fortunately within a few days they will be again used to this kind of life. As for me, first a very short stop at Ciudad de Carmen

And then off to my little Belgium where I will get just in time to spend New Year’s Eve with my family.

Papy One

Some pictures are taken from Internet

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 18:06

  mes-derni-res-plong-es01013.jpg 

Cela me plaisait bien ce surnom que m’avait un jour donné Jean-Pierre I. l'un des pères des tables de plongée professionnelle Française, alors qu’il était venu nous faire une petite visite sur chantier.

A l’époque, nous travaillions sur la barge ORELIA dans les eaux du Golfe Persique sur le fameux chantier de pose de manchettes et apparemment il avait assisté depuis le poste de contrôle à une de mes prestations de découpage qui semble-t-il ne l’avait pas laissé indifférent.

Pour moi pourtant, cela ne représentait rien d’extraordinaire, car à cette époque, j’avais au cours de ma carrière déjà découpé sous eau, plus de 4000 mètres d’acier en tout genre.

Il faut dire que comme Obélix, j’étais tombé dedans dès mon tout premier chantier.

Encore à moitié gamin, je venais tout juste d’être embauché par A.D, une firme de plongée bruxelloise.

Celle-ci, m’envoya sur un chantier de démolition à Gand Rodenhuizen où il fallait enlever divers pans de mur en béton armé dans un canal de rejet afin d’en augmenter le débit.

Une première partie des travaux avait été réalisé quelques semaines plus tôt à l’aide d’explosifs, malheureusement, suite à un mauvais calcul de la charge, non seulement le pan de mur en question était parti, mais la route surplombant les travaux ainsi qu’un mur latéral, avaient eux aussi subi de gros dégâts.

Résultat, autorisation d’emploi d’explosifs supprimée et suite des travaux à la main.

Ah, là qu’est-ce que j’en ai bavé au cours de cette première semaine.

 

Papy-One--219-.jpg 

 

Faire du marteau piqueur et du brise béton, durant 6 heures par jour dans une eau super chaude avec un courant pas possible, j’étais mort.

J’avais les mains en sang et je ne sentais plus mes côtes à cause des vibrations et des ondes de choc générées par la machine, mais comme j’étais en période d’essai, je voulais tenir bon.

 Papy-One--260-.jpg

   

Evidemment, qui dit béton armé, dit également ferraillage.

Résultat, quelques jours après mon arrivée, le directeur technique nous apporta un chalumeau découpeur sous-marin sur le chantier.

Rapidement il nous en expliqua le fonctionnement et, maintenant démerdez vous pour me couper toutes ces barres d’acier.

Le chalumeau de marque Victor, fonctionnait avec un mélange oxygène / hydrogène et il pouvait parfaitement brûler sous eau grâce à une petite coiffe située autour de la flamme, dans laquelle était envoyé en permanence de l’air comprimé.

Immédiatement, j’étais emballé par cet outil.

Il suffisait de poser le bec du chalumeau contre la barre, compter jusqu’à 3 en vérifiant que l’acier prenne bien une teinte couleur rouge cerise, puis presser le levier d’oxygène dont le jet faisait alors immédiatement fondre le métal sous une gerbe d’étincelle.

C’était super, et je m’amusais comme un petit fou.

Quelques mois plus tard, il me fallait maintenant aller découper une petite cornière métallique d’une dizaine de centimètres dans une usine de Vilvoorde.

Cette fois, le boss m’avait donné un chalumeau découpeur Pirocopt de surface sur lequel je devais visser une tête spéciale pour qu’il puisse fonctionner sous eau.

Pas très convainquant mon découpage, car il me fallut pas moins de 2 h 30, une douzaine de yo-yo pour venir rallumer mon chalumeau en surface, ainsi que 3 lames de scie pour venir à bout de mon travail.

Ce qu’on avait oublié de me dire ce jour là, c’était que le mélange oxygène / acétylène que j’utilisais devenait explosif à partir d’une certaine pression et comme ma profondeur d’intervention était proche de cette limite, les mini explosions éteignaient mon chalumeau sans arrêt.

1970, Félix C, le Roi de la conduite en Renault Gordini et Maître de l’élevage de poulet en appartement, décide de me prendre avec lui pour aller découper une ½ palplanche dans la Sambre.

Il travaille en fait pour la célèbre SOGETRAM, mais est détaché chez nous en tant que directeur technique et à l’époque, il a déjà pas mal d’années d’expérience derrière lui.

Je suis donc très content de pouvoir l’assister, surtout que cette fois il va utiliser le fameux chalumeau à essence Messer Griesheim.

En surface, l’installation de tout ce matériel est assez laborieux car il nous faut installer une dizaine de bouteilles d’oxygène, brancher la bouteille d’essence et d’azote, mais également faire chauffer de l’eau dans une cuve pour y faire passer les tubulures de gaz afin qu’ils ne givrent pas.

Au bout d’une heure, tout le matériel est prêt et Félix m’explique maintenant le réglage de la position des vannes sur le chalumeau.

Nous sommes prêt pour un essai d’allumage.

A cet effet, il fixe un petit bout de chiffon sur un bout de bois, l’imbibe de quelques gouttes d’essence et allume le tout.

-         BAOUM, Le chalumeau s’enflamme dans un bruit assourdissant.

Il vibre tellement à cause de ses 15 bars de pression que j’ai peur qu’il m’explose dans les mains.

-         Bon tu as vu comment faire me demande Félix ?

Quinze minutes plus tard, le voila prêt dans son volume constant Spiro.

   Felix Cobos à Chatelet 

 

 Pendant qu’il se tient à la barcasse, moi j’empoigne craintivement l’engin et conformément aux instructions qu’il m’a donné, commence la procédure d’allumage.

-         Un, d’abord ouvrir la vanne d’oxygène de chauffe d’un tour et demi.

-         Deux, ouvrir la vanne d’arrivée d’essence d’un demi tour.

-         Trois, allumer.

Je craque l’allumette destinée à allumer le bout de chiffon, mais à cause du vent elle s’éteint aussitôt.

Nouvelle tentative, nouvel échec.

Pendant ce temps, l’essence continue à être projetée hors du bec du chalumeau.

Troisième tentative, idem, je tremble tellement d’angoisse que je casse l’allumette.

Finalement le quatrième essai sera le bon.

Mon chiffon brûle, prudemment je l’approche du bec.

-         BAOUM !

Ça y est le chalumeau c’est allumé, mais tout comme la première fois il fait tellement de bruit que j’en ai peur et de ce fait je le jette immédiatement dans l’eau.

-         MERDE, qu’est-ce qui se passe ?

La rivière vient de prendre feu sur une trentaine de mètres à cause de l’essence qui s’y était répandu pendant la tentative d’allumage.

Inutile de dire que ce jour là, j’ai pris un savon de première.

Ma leçon suivante se fera avec Maître Pierre, le spécialiste du découpage oxy-arc.

Ensemble nous partons pour Charleroi où il faut découper une palplanche au ras du béton sur le mur incliné de la berge.

Le matériel utilisé ressemble un peu à celui utilisé pour le soudage à l’arc, sauf qu’ici les électrodes sont creuses afin de permettre le passage d’un jet d’oxygène.

-         Dis Pierre, l’eau et l’électricité ça ne fait tout de même pas bon ménage ? Est-ce que je ne risque pas de me faire électrocuter ?

-         T’inquiètes pas Petit, on utilise du courant continu, c’est beaucoup moins dangereux que l’alternatif et avec tes gants en caoutchouc tu ne devais en principe pas sentir grand-chose.

-         Bon, maintenant tu y vas et tu ne remontes pas avant que se soit coupé.

Effectivement, une fois avoir commencé je suis rassuré, juste une petite châtaigne de temps en temps.

A cause des péniches qui passent, il ne met pas facile de me positionner et de rester sur ce mur incliné.

Finalement, près de 3 heures plus tard le morceau d’acier se détache et tout fier je peux venir chercher une corde pour le remonter en surface.

Evidemment, 3 heures pour une palplanche c’est long, mais au moins cette fois je n’ai pas du terminer à la scie à métaux.

Comme j’en voulais encore, Pierre me prit à nouveau avec lui quelques jours plus tard pour réaliser le découpage d’un batardeau constitué cette fois d’une bonne centaine de palplanches.

 

Papy One (96) 

 Comme bien souvent dans nos eaux, la visibilité était nulle, mais malgré cela mon rendement passa rapidement de 1,5 à 2 palplanches à l’heure à plus ou moins 3 à 4 palplanches ce qui pour un premier vrai chantier de découpage n’était pas trop mauvais aux dires de Maître Pierre.

1972, je change d’entreprise et part maintenant bosser pour la BDC d’Anvers.

Là, les travaux sont souvent bien plus technique et plus difficile que ce que j’ai connu auparavant et les découpages y sont bien plus fréquent.

Dans cette entreprise, tout se découpe au chalumeau sous-marin, malheureusement pour moi, cet outil n’est pour l’instant réservé qu’à l’élite des plongeurs, c'est-à-dire aux deux patrons.

Résultat, au début de mon incorporation, je pouvais aider, mais pas couper.

Puis finalement, à force d’insistance le patron se décida quelque mois plus tard à me donner un premier cours de découpage dans un des docks d’Anvers.

L’engin qu’il me mit entre les mains n’était rien d’autre que le PICARD P9, célèbre chalumeau Français des années 30 qui malgré son age avancé, n’avait à l’exception du chalumeau à essence aucun concurrent capable de découper aussi bien.

Une fois dans l’eau, j’étais époustouflé de voir ce que ce chalumeau pouvait découper, mais surtout je pouvais maintenant me rendre compte par moi-même que cet outil coupait bien plus rapidement que l’oxy-arc.

 

papy 2 

Au cours des semaines suivantes, j’attendais impatiemment le prochain chantier de découpage où, le patron me l’avait promis, je pourrais intervenir.

Effectivement, deux mois plus tard le chantier en question arriva.

Notre boss, venait de partir en vacance dans sa villa d’Espagne, lorsqu’un client appela pour venir découper un long rideau de palplanches.

Que faire, rappeler notre spécialiste ? Pas question.

René mon collègue et moi allions le faire ce découpage sans embêter personne.

Résultat, nous voilà tous les deux à Gand.

Le premier jour, le rendement n’était pas mirobolant car il fallait que nous trouvions nos marques, mais il augmenta de jour en jour et au bout d’une semaine le rideau avait disparu.

Apparemment satisfait du résultat, le patron me prit sous son aile, et à nous deux nous partions régulièrement découper les nombreux batardeaux qui avaient servi aux travaux d’élargissement du canal Albert.

   

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Résultat, en quelques mois j’étais devenu le Roi des découpeurs.

Sur chaque chantier, Jaap (le boss) et moi même faisions la course pour savoir lequel de nous deux parviendrait à découper le plus de longueur en une heure, mais pas de chance pour moi car lui restait incontestablement l’Empereur de cette discipline et à chaque fois il me battait de quelques dizaines de centimètre.

Les années passant, j’étais maintenant devenu freelance et les kilomètres d’acier découpé au chalumeau ou à l’oxy-arc commençaient à s’accumuler dans mes log books.

   

Papy One (251) 

Personnellement, j’étais d’ailleurs très fier de certaines de mes prestations, car à une époque, j’avais même battu un record de vitesse lors de la construction de l’écluse Van Damme à Zeebrugge où j’avais, toujours à l’aide du chalumeau Picard, réussi à faire une découpe verticale dans une palplanche de 16,5 m en pas moins de 15 minutes.

Pourtant, n’importe quel roi peut un jour vaciller de son trône.

Ainsi, en novembre 89 mon collègue Rik qui lui aussi avait maintenant son entreprise m’appela un jour pour vite aller lui découper un rideau d’une vingtaine de mètres de longueur.

Pour m’aider, il m’avait donné Herman, un jeune et costaud assistant.

Pendant que celui-ci préparait le matériel de découpage, moi je m’équipais bien au chaud dans la camionnette car à l’extérieur il commençait à faire frisquet.

Pendant que je m’habillais, je fis une rapide estimation du temps que cela me prendrais afin de savoir combien de sous vêtement je devais mettre.

Deux bonnes heures, donc 3 petites souris suffiraient.

Ca y est, je suis prêt.

Je teste la pince, c’est bon l’oxygène sort bien.

 Mon assistant a mis un paquet d’électrodes dans mon carquois, je peux y aller.

Encore une fois, la « visi » est médiocre, mais je peux découper au ras du radier en béton ce qui facilite grandement mon travail.

Comme j’ai déjà découpé assez souvent cette année, j’ai gardé le « filling » et dès lors j’avance assez rapidement et certain de moi, je ne perds pas de temps à vérifier ma coupe.

Comme prévu, deux heures plus tard je sors de l’eau travail accompli.

-         Vas-y, tu peux commencer à enlever.

Le grutier installe son vibro-fonceur sur la première palplanche et commence à tirer.

 

ptc 

 Tout le rideau vibre, mais la palplanche concernée reste en place.

-         Euh ! Passe à la suivante.

Idem, rien ne vient.

Au contraire, on peut voir que petit à petit c’est toute la longueur de palplanche qui remonte et non le dessus que j’ai découpé.

Aussitôt, je fais stopper la manœuvre.

-         Herman, donne moi une lame de scie, je vais aller vérifier.

Une fois de retour dans l’eau, je passe délicatement la lame dans la saignée de ma coupe.

Horreur ! aucun des nœuds n’est coupé entièrement.

Comment est-ce possible ? Je n’ai pourtant rien changé à ma technique.

Sceptique, je sors de l’eau et me dirige aussitôt vers le cadre d’oxygène afin de vérifier la pression de tarage du mano détendeur.

Deux bars, ça y est j’ai compris, pas assez de pression pour chasser le métal en fusion sur toute son épaisseur.

Alors que d’habitude, je règle tout moi-même et me met une pression de 4 à 5 bars, cette fois-ci j’ai préféré rester au chaud et faire confiance à mon jeune gars.

Résultat, comme punition je me retrouve une heure de plus dans l’eau à repasser une électrode dans chaque nœud et à paraître piètre découpeur au yeux du grutier et de mon assistant.

On peut parfois aussi paraître mauvais découpeur suite à la méchanceté de certains collègues comme cela m’est arrivé sur un chantier de découpage à Dunkerque.

   

sollac gazometre 

 A l’époque, je venais juste de quitter l’offshore depuis quelques mois pour réintégrer une boite de plonge et tout le système qui plus tard (c'est-à-dire bientôt) devait me permettre de toucher une retraite.

Et donc là sur ledit chantier, je ne sais pour quelle obscure raison, un soit-disant «  collègue » s’amusait à délibérément saboter mon travail en réduisant au minimum l’intensité électrique nécessaire au découpage, de manière à me faire passer pour un « has been » aux yeux du client.

Ayant eu quelques doutes à ma sortie de l’eau, il ne me fallut pas longtemps pour en avoir la confirmation.

Suite à cet évènement, je balançai immédiatement ma démission à la tête de mon récent patron tout en  lui disant le mal que je pensais de sa bande de ploucs.

Mais finalement, ce sabotage m’avait été salutaire car grâce à lui, j’ai ainsi rapidement pu quitter une entreprise où un certain monsieur Ron Hubbard commençait à se faire bien trop présent à mon goût.

Heureusement, ce nouveau changement d’entreprise fit à nouveau monter ma cote de bon découpeur et j’étais à nouveau sur les chemins de la gloire.

  

img146 

En décembre 2000, mon collègue Mark qui à l’époque n’était pas encore surnommé Papy 3 nous loua Thierry, notre jeune ingénieur prolétaire et moi-même pour lui filer un coup de main sur un découpage qu’il avait déniché en France.

Tout content, nous voici donc tous les trois sur les routes de Champagne.

Le boulot consistait une nouvelle fois à découper un petit batardeau.

Comme bien souvent, je proposai de faire la première plongée.

Bien entendu, en tant que vrai pro, je teste à nouveau moi-même le matériel et la pression de découpage car on s’en rappelle, on m’a eu une fois mais pas deux.

C’est bon, tout fonctionne.

Dans l’eau, l’accès à la ligne de coupe est assez difficile car l’endroit est fort exigu.

De plus, je dois commencer ma découpe dans un coin où j’ai juste le bras qui passe.

Qu’à cela ne tienne, je me met en position et demande le jus.

Aussitôt l’arc électrique se fait entendre mais étrangement l’oxygène n’arrive pas au bout de la baguette.

-         Coupez !

-         C’est coupé.

Aussitôt, je vérifie la pince, pousse sur le levier et l’oxygène sort.

Nouvel essai, mais pareil rien ne sort.

Je dévisse la tête de la pince, y met une nouvelle électrode, mais rien n’y fait.

Dès que je demande le contact et que j’appuie mon électrode contre l’acier pour amorcer, l’O² ne sort plus.

-         surface, tu remontes la pince et tu vérifies le joint.

Si tôt dis, si tôt fait.

-         Francis, le joint n’a rien mais on l’a tout de même remplacé.

Dans l’eau c’est toujours pareil.

Je commence à comprendre ce qui se passe.

Je desserre un peu la baguette et redemande le contact.

Cette fois cela fonctionne.

C’est bien ce que je pensais, lorsque l’électrode est à fond dans la pince elle comprime trop le joint, et l’orifice de celui-ci se referme, résultat l’oxygène ne passe plus.

-         Dis moi Mark, tu as d’autres joints ?

-         Non se sont tous les mêmes, pourquoi ?

-         Ils sont trop mous, espèce d’Hollandais, tu as encore regardé à trois sous.

-         Bon tant pis, je vais me débrouiller comme ça.

Résultat, pendant mes trois heures au fond, je parviens à découper mais avec pas mal de difficulté et je sens bien que je merde.

 

DSC01709

 

En plus à cause du froid je ne sens plus mes doigts et j’ai dès lors du mal à retrouver chaque fin de coupe.

En surface, le chef de chantier commence à tourner en rond car on lui avait laissé entendre que cela irait beaucoup plus vite.

A peine sorti de l’eau, le voilà qui élingue immédiatement la première palplanche et commence à tirer dessus.

Aie, rien ne bouge.

Mark lui demande d’essayer la suivante.

Bon gré mal gré le gars s’exécute en râlant, mais même résultat.

Malheureusement la grue du chantier n’a pas une forte capacité de levage et le grutier ne veut pas « casser » les palplanches en tirant dessus latéralement comme cela se fait parfois chez nous si elles ne viennent pas.

Comme il fallait s’y attendre, très vite le ton monte entre le chef de chantier et moi.

-         Putain, tire un peu plus sur ta foutue grue.

-         Pas question, cela fait 10 ans que je tire des palplanches et je te dis qu’elles ne sont pas coupées.

-         Et moi cela fait 30 ans que j’en coupe et je te dis qu’elles sont coupées.

Mark de son coté voyant que son chantier partait en couille ne savait plus quoi penser.

Faire confiance à son découpeur émérite, ou donner raison au client.

-         Bon Thierry, tu veux bien t’équiper et allez vérifier la coupe.

15 minutes plus tard, Thierry était dans l’eau et demandait la pince pour découper les petits ponts que j’avais laissé.

Honte à moi, je ne savais plus où me mettre, je n’avais plus qu’une seule envie c’était de me jeter à l’eau pour ne plus avoir à souffrir de cet affront.

En surface, le chef de chantier jubilait et criait à qui voulait l’entendre qu’il le savait qu’elles n’étaient pas coupées.

Pour moi, 30 années de gloire venaient de s’envoler en une plongée.

Comme quoi, nul n’est infaillible.

Suite à cet échec, je pensais ma réputation de découpeur foutue à jamais.

Heureusement, grâce à quelques petits boulots de ce type, je repris confiance en moi.

 

Papy One (290) 

 Puis un jour de mars 2003, un de nos clients français m’appela.

-         Salut Francis, c’est François de chez S.

-         Dis je t’appelle car on a un gros problème dans le port de Calais.

-         On y a battu un nouveau pieu de 96 ’’ (240 cm) de diamètre, mais apparemment il gène la manœuvre des ferries du poste 5.

-         Le problème, c’est qu’il fait 7 cm d’épaisseur et il faudrait le couper le plus rapidement possible.

-         Combien de temps te faudrait-il à l’oxy - arc ?

-         Stand by, je fais un rapide calcul !

-         Donc, 240 x 3,14 x 7 / 25 = 211 x 3 = 633 = 10h30

-         Ah non, ça c’est beaucoup trop long.

-         Est-ce que tu pourrais le faire sauter ?

Je connaissais bien les installations du port et pensais d’office que cela ne serait pas facile, mais lorsqu’on me parle d'explosifs, je ne dis jamais non  car c’est une autre des spécialités que j’aime pratiquer.

-         Bon écoute François, laisse une petite heure et je te rappelle.

-         Ok à tout à l’heure.

Une fois raccroché, j’entrepris de calculer la quantité d’explosifs que j’aurais besoin pour découper ce pieu à l’aide d’une charge appliquée.

Oufti ! Près de 125 kilos de dynamite, ça c’était beaucoup trop, je couperais bien le pieu, mais l’onde de choc et les vibrations occasionneraient des dégâts à tout ce qui se trouve à proximité.

Donc à oublier.

Qu’est-ce qu’il me reste ?

Le découpage par charge creuse.

Je saisis mon téléphone et passai un coup de fil à une de mes connaissances à Aberdeen qui travaillait pour une compagnie spécialisé dans le démantèlement à l’explosif de plateforme pétrolière.

Quelques minutes plus tard, j’avais la réponse à ma question.

Comme promis, moins d’une heure plus tard, je rappelais François.

-         François, une bonne et une mauvaise nouvelle, laquelle tu veux entendre d’abord ?

-         La mauvaise.

-         Bon en charge appliquée, c’est impossible car on démolirait tout, mais j’ai pris contact avec une entreprise qui fabrique des charges creuses.

-         Avec ça, on utiliserait beaucoup moins d’explosifs et se serait réalisable, le hic, c’est qu’il leur faudrait minimum 5 à 6 semaines pour usiner la charge, et si je te dis le prix demandé pour cette fabrication, sans la mise en œuvre, tu vas me faire un infarctus.

-         Vas-y annonce.

Le montant que je lui communiquai le laissa sans voix pendant quelques secondes.

-         Et c’est quoi la bonne nouvelle ?

-         Si cela t’intéresse on a une solution bien plus économique, je viens découper ton tube au chalumeau pour autant d’ euros.

C’est ainsi, qu’une semaine plus tard, j’étais sur place avec ma petite équipe.

 

calais--1-.jpg

 

Comme le client souhaitait une découpe rapide pour ne pas bloquer le poste durant de nombreuses heures, nous allions leur montrer de quoi, nous, les petits plongeurs Belges étions capables.

A 15h35 mon vieux pote Chris surnommé Papy Two et moi-même nous nous mettions à l’eau.

Treize minutes plus tard, les 4900 cm² d’acier étaient découpés.

 

calais--7-.jpg

 

Ouf, je pouvais maintenant terminer ma carrière de découpeur sur ce beau coup et rester à tout jamais,

  

calais--9-.jpg 

 

« Le découpeur le plus rapide à l’Est de Marseille »

 

Papy One

 

 

 

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 18:09
Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

I liked the nickname that had been given to me by Jean-Pierre I. one of the fathers of French professional dive tables, when he had come to visit us on jobsite. At the time, we were working on the DSV ORELIA in the waters of the Persian Gulf on the famous spool pieces installation project and apparently he was present in the dive control room on a day where I was doing some oxy-arc cutting at the bottom of the sea. Apparently my performance had impressed him although for me the cutting of that day represented nothing extraordinary.

I must say that at time I had already throughout my career cut more than 4000 meters of steel of all kinds under water.

Admittedly, as Obelix, I fell into it (the cutting) when I went on my first diving project.

Still half a kid, I had just been engaged by AD, a Brussels diving firm. It sent me on a demolition work in Ghent Rodenhuizen where we had to remove various reinforced concrete sections in a discharge channel in order to increase the throughput.

The first part of the work had been done a few weeks earlier with explosives, unfortunately, due to a miscalculation of the charge, not only the wall in question was gone, but the road above the work place as well as a side wall had also suffered heavy damage. Result, the use of explosives was forbidden and further works had to be done by hand.

Ah, what I have suffered during this first week.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Working horizontally with a 36 kg jackhammer during six hours a day in hot water and a strong current: phew! I was dead. My hands were bleeding and I could not feel my ribs anymore due to vibration and shock waves generated by the machine, but as I was on probation, I wanted to hold on.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Obviously, who said reinforced concrete, also said rebar’s reinforcement. Result; a few days after my arrival, the technical director brought us a submarine burning torch on site.

He quickly explained us how it was working and then up to us to cut all these steel bars.

The torch was the American Victor oxygen / hydrogen gas burner. It could burn under water thanks to a small cap located around the flame, in which compressed air was continuously sent.

I immediately loved this tool. It was enough to put the nozzle of the torch against the bar, count to three while verifying that the steel takes out a red cherry colour, then press a lever to permit a stream of oxygen to be drained on the metal and burn it in a wreath of sparks.

It was great and I had a hell of time.

A few months later, I had now to go in a factory in Vilvoorde to cut out a small UPN 80 frame.

This time my boss had given me a Pirocopt torch made to be used above water but that could also be used under water by screwing a special head on it. This second cutting job was not very convincing because it took me no less than 2 hours 30 minutes, a dozen yo-yo’s to come back to surface to relight my torch and 3 saw blades to end my work.

What they forgot to tell me that day, was that the oxygen / acetylene burning mixtures I was using became explosive from a certain pressure and as my depth was close to this limit, small explosions extinguished the flame nonstop.

1970 Félix C, King of Renault Gordini drivers and master in chicken breeding into an apartment, decides to take me with him to cut a ½ sheet pile into the river Sambre. He works for the famous SOGETRAM but is actually seconded to us as technical director and at the time, he's already a lot of years of experience behind him. I am very happy to be his tender, especially that this time he will use the famous Messer Griesheim gasoline torch.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

On the surface, the installation of all this material is quite laborious because we need to install a dozen bottles of oxygen, connect the bottle of gasoline and nitrogen, but also to heat water in a tank in order to pass the gas pipes in it so they do not freeze.

After one hour, all the equipment is ready and now Felix explains me the adjustment of the valves positions on the torch.

We are ready for an ignition trial. To this end, he sets some rag on a piece of wood, soaks it with a few drops of gasoline and lit the whole.

- Baoum, the torch ignites with a deafening noise. It vibrates so much because of its 15 bars of pressure that I'm afraid it explodes in my hands.

- Well you saw how to do it Felix asks me?

Fifteen minutes later, my diver is ready in his in Spirotechnique constant volume suit.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

While he’s holding himself at the small boat, I fearfully grab the burning gear and following the instructions start the ignition procedure.

- One, first opens the oxygen heating valve of a turn and a half.

- Two, open the gasoline supply valve half a turn.

- Three light.

I crack a match to ignite the end of the rag, but because of the wind it is extinguished immediately. New essay, new fail. Meanwhile, the gasoline continues to be sprayed out of the nozzle of the torch.

Third attempt, ditto, I tremble so much that this time I break the match.

Finally the fourth attempt will be the good one. The rag is burning; carefully I approach it from the nozzle.

- Baoum!

That’s it the torch is lit, but just like the first time it makes so much noise that I’m afraid of it and therefore throw it immediately in water.

- SHIT, what happens? About thirty meters of the river is now burning because of all the gasoline that was spilled there during the ignition attempt.

Needless to say that I was bawling out copiously that day.

My next cutting lesson will be with Master Pierre, our oxy-arc cutting specialist. Together we go for Charleroi where a pile has to be cut against the concrete floor on the inclined wall of the bank.

The material used is somewhat similar to that used for arc welding, except that the electrodes are hollow to allow the passage of a jet of oxygen.

- Hey Pierre! Water and electricity do not mix very well do I not risk to be electrocuted?

- Do not worry young boy, we are using direct current, it is much less dangerous than the AC and with your rubber gloves you shouldn’t normally feel it much.

- Well, now take your rods and don’t come up before it is cut.

Sure enough, I am quickly reassured, off course in those days a knife switch is not yet known by the Belgian divers and as expected I receive a few electric shocks from time to time but nothing serious.

Because barges are passing continuously it’s not easy to keep my position on this slope but finally, about three hours later the piece of steel is cut and very proudly I can pick up a rope to bring it to the surface.

Obviously, three hours to cut one sheet pile is long, but at least this time I did not finish at the hacksaw. As I still wanted to cut more Pierre took me with him again a few days later to complete the cutting of a complete cofferdam consisting this time of a hundred piles.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

As often in our waters, visibility was nil but despite that my performance went rapidly from 1.5 to 2 piles per hour to three to four piles which for a first real cutting job was not too bad following Mr. Pierre claims.

1972 I change from company and now work for BDC from Antwerp. There, the work is often more technical and more difficult than what I have experienced before and cutting works are much more common.

In this company, everything cutting is made with a gas burning torch but unfortunately for me this tool is currently only reserved at the elite divers, that is to say the two bosses.

Result at the beginning of my incorporation, I could help, but not cut. Then finally, due to insisting my boss decided some months later to give me a first cutting course in one of Antwerp docks.

The craft he put in my hands was nothing else than the PICARD P9 the famous French torch designed in the 30s who despite his advanced age, had if we except the gasoline torch no competitor capable to cut as well.

Once in the water, I was blown away to see what this torch could cut but mostly of all I could now realize by myself that this tool could cut much faster than any oxy-arc rod.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Over the following weeks, I waited impatiently for the next cutting project where the boss had promised me I could intervene.

Indeed, two months later the project in question arrived. Our boss had just gone on vacation at his villa in Spain, when a customer called to come and cut a long sheet pile curtain.

What to do call back our specialist? No way. René my colleague and I were going to do this job without bothering anyone.

Result; here we are both of us in the Ghent waters. The first day, the performance was not extraordinary because we had to find our marks, but it increased day by day and one week later the curtain had disappeared.

Apparently satisfied, the boss took me under his wing, and both of us worked regularly together to cut the numerous cofferdams who had served to the widening of the Albert Canal.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Result in a few months I became the King of the underwater cutters. On each job, Jaap (my boss) and myself did the race to see which of us manage to cut the extra length in an hour, but no luck for me as unquestionably had stayed the Emperor of this technique because every time he beat me by a few tens of centimetres.

Years passing, I had become a freelance diver and my log books already contained info about the cutting of the few kilometres of steel I had made underwater.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Personally, I was also very proud of some of my performance, because at a time, I even beat a speed record during the construction of the Van Damme lock at Zeebrugge, where I had still using the Picard torch, managed to make a 16.5 m vertical cut in pile in no less than 15 minutes.

Yet any king may one day waver from his throne.

Thus, in November 89 my colleague Rik who now had his business called me one day for the cutting of a twenty meters long curtain. To help me, he gave me a young and strong assistant. While he was preparing the cutting gear, I kept warm in the van because outside it was getting chilly.

While I was dressing, I made a quick estimate on how long it would take me to do the job and so know how many under garments I had to put on.

OK: more or less two hours, then three thermal underwear must suffice.

I’m ready. I test the torch, its good oxygen is coming well. My assistant put a packet of electrodes in my quiver, I can go. Again, the visibility is bad, but I can cut against the concrete slab which greatly facilitates my work.

As I did cut quite often this year, I have kept the "filling" and therefore move rather quickly and sure of me I do not waste time checking my kerf. As expected, two hours later I’m out of the water.

- Go ahead, you can start removing.

The crane operator installs its vibration pile driver on the first sheet pile and starts pulling. The entire curtain vibrates but the sheet pile remains.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Uh! Changes to the next.

Same! Nothing comes.

On the contrary, we can see that little by little it is the entire sheet pile that comes up and not the part that I cut. Immediately, I stop the manoeuvre.

- Herman, give me a saw blade, I'll go check.

Once back in the water, I gently pass the blade in the kerf my cup. Horror! None of the slots are fully cut. How is this possible? Yet I have not changed my technique. Sceptical, I go out of the water and immediately head to the oxygen rack to look at the pressure on the regulator.

Two bars, not enough pressure to chase the molten metal throughout its thickness. I usually, regulates everything myself and set up a pressure of 4 to 5 bar, but this time I preferred to stay warm and to trust my young assistant.

Result as punishment I find myself an extra hour in the water burning an extra electrode in each interlock and off course appear to be a poor cutter in the eyes of crane operator and my assistant.

Sometimes we can also seem to be bad cutter after the wickedness of some colleagues as happened to me on a cutting site in Dunkirk.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

At the time, I had just quit the offshore recently to return in a diving company as an employee and so benefit from the whole system which later (that is to say now) would allow me to touch a retreat.

So there on this site, for I don’t know what obscure reason, a so-called "colleague" amused himself by deliberately sabotaging my work by reducing the needed cutting Amps so as to make me look like a "has been" in the customer's eyes.

Having had some doubts when I left the water, it did not take me long to get confirmation. Following this event, I immediately swung my resignation to the head of my recent boss while telling him the evil that I thought of his band of rednecks.

But finally this sabotage was a good thing for me because thanks to it, I quickly quit a company where a certain Mr. Ron Hubbard became too present for my taste.

Fortunately, this changing once more raises my reputation and I was again on the paths of glory.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

In December 2000, my colleague Mark praised us, Thierry our young diver and myself to give him a hand on a cutting job he had win in France. And so here we are all three on the Champagne roads. The job consisted again in the cutting of a small cofferdam. As often, I proposed to make the first dive. Of course, like a real pro, I test myself all the cutting gear and set the correct cutting pressure as we remember they got me once but not twice.

It's good, everything works. In the water, the access to the cut line is difficult because the place is very small. Moreover, I have to start my cut in a corner where I can just pass my arm.

Never mind, I put myself in position and asks the juice. Immediately the arc strike is heard but strangely the oxygen does not reach to the end of my rod.

- Make it cold!

- It is cold!

I immediately check the torch, push the lever and the oxygen flows.

New try, but again nothing comes out. I unscrew the head of the torch, put a new electrode, but nothing happens. When I ask the current and I press my rod against the steel to start my cut the O² stops coming out.

- Surface, take the torch up and check the washer.

No sooner said than done.

- Francis, the washer has nothing but was nonetheless we have replaced it.

In water it is always the same but I begin to understand what is happening. I lose a bit the electrode and ask for the contact. This time it works. That's what I thought, when the electrode is fully inserted into the head it compresses the washer too much and the orifice of the latter closes, result no more oxygen passes.

- Tell me Mark, you have other washers?

- No they are all the same, why?

- They are too soft, fucking skinflint Dutchman, you again looked at three under.

- Never mind, I'll manage like this.

Result, during my three hours at the bottom, I manage to cut but with a lot of difficulty and I feel that I do bullshit.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Apart from the cold I cannot feel my fingers anymore and it’s therefore hard to feel the end of the kerf. At the surface, the foreman turns round because we made him understand that this would go a lot faster.

Fresh out of the water, here he slings immediately the first sheet pile and begins to pull.

Hey, nothing moves.

Mark asks him to try the next.

Willy-nilly the guy runs grumbling, but same result.

Unfortunately, the crane has not a high lifting capacity and the crane operator does not want to "break" the sheet piles by pulling them sideways as is sometimes done at home if they do not come. As expected, the tone rises quickly between the foreman and me.

- Damn, pull a little more with your bloody crane.

- No way, it's been 10 years that I remove sheet piling and I tell you that they are not cut.

- And me it’s 30 years that I cut them and I tell you they are cut.

Mark on his side saw that his job turned to shit and did not know what to think: trust his Emeritus cutter or give reason to the client.

- Ok Thierry, will you get dressed and check the cut.

15 minutes later, Thierry was in the water and called for the torch to cut the small hangers that I had left.

Shame on me, I did not know where to put myself; I had only one desire: throw myself into the water and never have to suffer this insult.

On the surface, the foreman was jubilant and shouted to anyone who would listen that he knew they were not cut.

For me, 30 years of glory came to fly in a dive. Like what, no one is infallible.

Following this failure, I thought my reputation forever damned. Fortunately, thanks to odd jobs like this, I regained confidence in me.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Then one day in March 2003, one of our French clients called me.

- Hi Francis, François from S..e here.

- Say I call you because we have a big problem in the port of Calais.

- We have driven a new 96” pile (Ø 240 cm) there but apparently it hinders the manoeuvres of the ferry at terminal 5.

- The problem is that it is 7 cm thick and should be cut as soon as possible.

- How long would it take you to cut it with the oxy - arc?

- Stand by, I do a quick calculation!

- So, 240 x 3.14 x 7/25 = 211 x 3 = 633 = 10:30 hours.

- Oh no, that's way too long.

- could you blow it?

I knew the port installations well and automatically thought it would not be easy, but when you talk to me of explosives, I never say no because it is another specialty that I like practicing.

- Good listen François, give me an hour and I'll call you back.

- OK hear you soon.

After hanging up, I began to calculate the amount of explosives that I would need to cut that pile if I used a plaster charge. Pfew! Almost 125 kilos of dynamite, that was too much, I would cut out the tube but the shock wave and the ground vibration would damage whatever is nearby.

So to forget. What I have left? Severing the tube with a shaped charge?

I grabbed my phone and called an acquaintance in Aberdeen who worked for a company specialized in the dismantling oil platform with explosives.

A few minutes later, I had the answer to my question.

As promised, less than an hour later, I recalled my client :

- François, I’ve a good and bad news, which you want to hear first?

- The bad.

- Good with a plaster charge it is impossible because it would demolish everything, but I made contact with a company that manufactures shaped charges.

- With that, we would use much less explosives and it would be feasible, the problem is that they need a minimum 5-6 weeks to make the charge and if I tell you the price charged for such manufacture without implementation, you'll make me a heart attack.

- OK go ahead.

The amount that I communicated to him left him speechless for several seconds.

- And what's the good news?

- If you were interested in a much more economical solution, I just cut your tube with a gas burning torch for so many euros.

Thus, a week later, I was there with my team.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

As the client wanted a short intervention to avoid the closure of that terminal for many hours, we would show them what we, the little Belgians divers were able to do.

At 3:35 p.m. my old buddy Chris nicknamed Papy Two and myself descended inside the pipe with our torches and went down to the bottom at 18 meter deep.

Thirteen ( 13) minutes later, the 4900 cm² steel were cut.

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

Phew, I could now finish my cutting career on this beautiful performance and stay forever,

Me, Francis the fastest cutter at the east of Marseille

"The fastest cutter at the east of Marseille"

Papy One

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 16:52
L’HISTOIRE DU DECOUPAGE SOUS EAU (première partie)

Bonjour à tous,

Pour ceux qui le souhaites vous pouvez maintenant télécharger et imprimer “La petite histoire du découpage sous eau “ dans son entièreté à: https://www.academia.edu/24940668/La_Petite_Histoire_du_D%C3%A9coupage_Sous_Eau

Comme vous avez pu vous en rendre compte à la lecture de certaines de mes histoires j’ai depuis le début de ma carrière toujours adoré les travaux de découpage sous eau et donc quoi de plus normal si aujourd’hui en tant que scaphandrier à la retraite et disposant d’un peu plus de temps libre, j’ai pris de celui-ci pour m’intéresser un peu plus en détail à l’origine de cette technique. Actuellement les plongeurs-scaphandriers ont à leur disposition divers outils et procédés pour accomplir ce genre de mission comme par exemple :

- Le découpage au chalumeau.

- Le découpage électrique à l’électrode pleine.

- Le découpage électrique à l’électrode oxy-arc.

- Le découpage électrique à l’électrode ultra-thermique.

- La lance thermique.

- Le câble Kerie.

- Le plasma d’arc.

Mais comme on peut l’imaginer cela n’a pas toujours été le cas.

Je vous invite dès lors à me suivre au travers de quelques articles et découvrir ainsi l’histoire de ces fabuleux outils.

Depuis que les frères John & Charles Deane inventèrent le premier casque de plongée moderne avec lequel ils allaient créer le métier de scaphandrier en 1832 nos anciens ont été confrontés à des situations au cours desquelles il leur a fallu faire usage d’outils capable de couper.

Pour ces pionniers des travaux sous-marins la panoplie n’était pas bien grande et elle se limitait généralement à un couteau, une scie, une hache ou encore à un marteau accompagné de son burin.

A l’époque une grande partie des travaux sous eau se faisait sur les épaves et consistait à en récupérer la cargaison.

Parfois, lorsque l’épave gênait la circulation elle était détruite et dans ce cas les outils utilisés n’étaient bien entendu plus ces outils à main, mais plutôt la poudre noire et plus tard dès 1864 la célèbre dynamite inventée par Mr A. Nobel.

Figure n° 1 : Démolition d’une épave en bois à l’aide de poudre noire (1)

L’HISTOIRE DU DECOUPAGE SOUS EAU (première partie)

Vers la fin du 19 ième siècle les choses se compliquèrent un peu pour nos amis scaphandriers avec l’apparition des premiers bateaux à coque d’acier et les structures portuaires diverses faites dans le même métal.

Les découpages à l’aide de boudins d’explosifs continuaient à être utilisés mais cette technique n’était pas toujours bien maitrisée.

Soit on chargeait trop peu et rien n’était coupé, soit on chargeait trop et on détruisait bien plus que prévu.

Heureusement pour les petits travaux de découpage, outre le marteau / burin, les anciens disposaient maintenant de la perceuse pneumatique qui avait été inventée par Mr Simon Ingersoll en 1871 suivit un peu plus tard du burineur.

Grâce à ces deux outils ils pouvaient en réalisant une série de trous jointifs couper de petites longueurs d’acier.

C’est par exemple ce procédé qui a été utilisé sur l’épave du H.M.S Gladiator qui avait sombré en avril 1908 suite à une collision avec le St Paul (le même que nous retrouverons plus loin dans un autre article).

En effet, pour éviter que certaines structures ne gênent les opérations de renflouement, les canons de 15 tonnes, les 3 cheminées et les mâts ainsi que toutes les autres structures gênantes furent coupées à l’aide de burins pneumatiques.

Photo n° 1 : H.M.S Gladiator avant son naufrage (2)

L’HISTOIRE DU DECOUPAGE SOUS EAU (première partie)

Photo n° 2 : H.M.S Gladiator lors de travaux de renflouement (3)

L’HISTOIRE DU DECOUPAGE SOUS EAU (première partie)

Nul besoin de dire qu’à l’époque le découpage d’une structure en acier était particulièrement laborieux et pénible et il était nécessaire de trouver d’autres équipements plus adaptées.

Le premier outil efficace qui allait être mis à la disposition des scaphandriers en ce début de 20 ième siècles fut le chalumeau découpeur sous-marin, mais ce fabuleux engin qui allait révolutionner les travaux sous-marins n’aurait cependant jamais pu voir le jour sans le génie de certains hommes.

Le premier s’appelait Edmund Davy, c’était un professeur de chimie irlandais qui en 1836 découvre le C2H2 (acétylène) et imagine que ce gaz pourrait lorsqu’il brule dans l’air être utilisé comme gaz d’éclairage.

Vient ensuite Henry le Chatelier un chimiste français qui en 1895 découvre que la combustion d’un mélange oxygène / acétylène génère à volume identique une flamme dont la température atteint environ 3130 °C ce qui dépasse la température de combustion des autres mélanges connus. Trois années plus tard ce même Monsieur suggère d’inventer un appareil capable d’exploiter ce mélange de gaz afin qu’il soit utilisé pour le soudage et le découpage des métaux ferreux.

En 1896 deux autres scientifiques français George Claude et Albert Hess inventent à leur tour un procédé permettant de stocker sous pression et sans risque d’explosion de l’acétylène dans des bouteilles.

Autre personnage clé ayant favorisé cette invention : Carl von Linde un ingénieur allemand qui en 1902 construit la première usine destinée à produire industriellement de l’oxygène et de l’azote grâce à un procédé de liquéfaction de l’air.

Et enfin last but not least, Edmond Fouché et Charles Picard qui en 1902 invente le premier chalumeau oxyacétylénique destiné à souder les métaux (Brevet n° 325 403, déposé le 18 octobre 1902) suivi ensuite en 1904 par le premier chalumeau découpeur.

Figure n° 2 : Les premiers chalumeaux oxyacétyléniques soudeurs et découpeurs (4)

L’HISTOIRE DU DECOUPAGE SOUS EAU (première partie)

Evidemment, cette nouvelle invention allait rapidement faire le tour du monde et de nombreux pays vont acheter les droits de ce brevet pour eux aussi fabriquer cet outil.

Malheureusement pour nos travailleurs sous-marins en dépit de la mise en œuvre rapide de cet engin de découpage sur les chantiers de démolition à l’air libre, il a malgré tout fallut attendre jusqu’en 1909 pour qu’on s’intéresse à lui pour les travaux sous eau et qu’on commence à le mariniser.

Auparavant on avait déjà tenté de le faire bruler sous eau mais la flamme s’éteignait constamment à cause des turbulences engendrées par le flot de bulles de gaz résiduels.

Comment donc faire pour y remédier ? Pourquoi ne pas faire brûler la flamme du chalumeau dans une bulle d’air l’isolant du contact de l’eau.

Il semblerait que cette idée a germé plus ou moins en même temps dans la tête de deux personnes.

Celle de Charles Picard qui bosse pour l’usine d’acétylène dissous de Champigny et l’autre, celle de l’ingénieur A. Heckt de l’entreprise allemande der Deutsch-Luxemburgischen Bergwerks und Hütten-A-G.

Cette dernière prend cependant une petite longueur d’avance sur les français car dès 1909 l’entreprise achète 4 brevets allemands grâce auxquels elle va pouvoir fabriquer le tout premier chalumeau découpeur sous-marin (5).

Pour protéger la flamme de son chalumeau notre ingénieur invente une espèce de coiffe caréné qui entoure le bec du chalumeau dans lequel est envoyé l’air comprimé.

Photo n° 3 : Premier chalumeau découpeur sous-marin (6)

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Photo n° 4 : Détail coiffe (7)

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Comme gaz de découpage outre le mélange oxyacétylénique il utilise également très rapidement un mélange oxyhydrique (oxygène / hydrogène).

Les premiers essais sont effectués dans une cuve équipée de hublots en présence de nombreux ingénieurs et représentants du département du Canal de l’Empereur Guillaume et à cette occasion un scaphandrier découpe au chalumeau oxyhydrique un fer plat de 100 x 20 mm (8).

A une autre occasion un scaphandrier descend à 5 mètres de profondeur dans le port de Kiel et y découpe un fer carré de 60 mm en trente secondes suivi ensuite d’une tôle de 300 x 20 mm qu’il parvient à découper en 90 secondes (9).

Photo n° 5 : Scaphandrier allemand avec son découpeur (10)

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Dès 1914 ce chalumeau allemand commence à être utilisé pour découper des palplanches, des pièces de constructions métalliques, des morceaux d’épaves et d’après les écrits les vitesses de découpage peuvent atteindre 1,45 mètre de palplanche à l’heure tandis que les épaisseurs susceptibles d’être découpée avec ce premier outil peuvent atteindre les 150 millimètres (11).

Photo n° 6 : Découpage palplanches 1914 (12)

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En 1915 un second chalumeau allemand fait son apparition, celui de W. BRUSCH & W. F. J. BEYER mais apparemment des problèmes d’extinction semble exister car quelques mois plus tard nos deux inventeurs mettent au point un système d’allumage électrique dont le courant est délivré par un petit transformateur portatif qui vu son poids sert également de lest.

Figure n° 3 : Brevet chalumeau W. BRUSCH & W. F. J. BEYER (13)

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Photo n° 7 : Scaphandrier tenant son transformateur portatif (14)

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En 1932 un nouveau chalumeau fait son apparition c’est celui du berlinois Monsieur H. Töpper.

La particularité de cet appareil est que la flamme de chauffe n’est non pas alimentée avec un gaz combustible mais au contraire avec un combustible liquide usuel tel que l’essence, le benzol ou autre.

Ce combustible liquide est envoyé au chalumeau par l’intermédiaire d’une bouteille d’air ou azote comprimé où il va être réchauffé et ensuite vaporisé grâce une résistance chauffante qui est incorporée dans le corps du découpeur.

Photo n° 8 : Chalumeau Töpper (15)

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Photo n° 9 : Détail chalumeau Töpper (15)

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Figure n° 4 : Schéma installation (15)

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A l’aide de ce chalumeau le scaphandrier pouvait en fonction de l’épaisseur (10 – 40 mm) découper une tôle d’acier de 1 mètre entre 160 et 220 secondes (16)

Un an plus tard c’est au tour de Messer Griesheim d’arriver sur le marché avec son découpeur sous-marin. Celui-ci a été développé pour pouvoir être utilisé sur des épaves gisant jusqu’à 60 mètres de profondeur.

Photo n° 10 : Chalumeau Messer Griesheim (17)

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Le principe de fonctionnement est plus ou moins identique à celui de son prédécesseur, c’est - à - dire que l’essence qui ne peut être détendu est amené jusqu’au bec du chalumeau par l’intermédiaire d’azote comprimé où elle est ensuite pulvérisée dans l’oxygène.

Le corps du chalumeau est composé de 3 vannes servant à l'alimentation de l'oxygène de coupe, à celle de l'oxygène de chauffe ainsi que pour le mélange azote - essence.

Photo n° 11 : Chalumeau à essence Messer Griesheim (18)

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Trois tubes amènent ensuite les gaz et le liquide à la tête du chalumeau.

Les tubes, de même que la tête du chalumeau sont interchangeables permettant ainsi d'obtenir une inclinaison différente du bec, ce qui facilite la manipulation de l’outil en fonction du travail de découpe.

Un des gros avantage de ce chalumeau c’est qu’il n’a plus de cloche d’air, celle – ci a été remplacée par une chambre de combustion (voir Picard H7) ce qui permet dès lors s’il y a un peu de visibilité de mieux distinguer la coupe.

Dès sa mise en service les performances de cet appareil sont telles qu’il va rapidement devenir le plus performant du marché car en fonction de l’épaisseur à découper (10 mm à 100 mm) il peut atteindre une vitesse de coupe comprise entre 30 m et 6 mètres à l’heure (19).

Pour le commun des plongeurs professionnels contemporains, ces vitesses de découpage sont assez inimaginable pourtant lors d’un découpage réalisé à Paris durant les années septante, j’ai été le témoin de la prestation d’un vieux scaphandrier hollandais qui à l’aide de ce chalumeau parvenait à découper entre 145 et 160 mètres de palplanches en six heures de plongée.

Pour arriver à un tel rendement le chalumeau avait besoin d’utiliser une pression d’oxygène élevée ce qui en période de froid avait tendance à provoquer le givrage du gaz.

Pour éviter ce phénomène, le constructeur avait prévu de faire passer le circuit d'oxygène au travers d'un réservoir d'eau réchauffée à environ 40 °C.

Figure n° 5 : Détails installation Messer Griesheim (20)

L’HISTOIRE DU DECOUPAGE SOUS EAU (première partie)

Très utilisé durant les années 40 - 45 pour le découpage de nombreuses épaves, son emploi a ensuite diminué très fortement car en dépit de ses performances élevée ce chalumeau avait aussi quelques inconvénients sérieux dont notamment le niveau sonore.

En effet, le bruit généré par la combustion de la flamme était comparable à celui générée par un jet et devait largement dépasser les 100 décibels.

Deuxièmement comme avec tous les chalumeaux, la flamme ne consumait pas entièrement le gaz ou dans le cas présent le liquide combustible, résultat de l’essence avait tendance à remonter en surface avec comme conséquence la pollution du milieu ambiant.

L’ensemble de cet équipement était assez laborieux à mettre en œuvre et pouvait devenir dangereux si toutes les règles de sécurité n’étaient pas respectée et enfin ce chalumeau consommait beaucoup d’essence (25 – 40 litres / heure) et de ce fait il est devenu de moins en moins rentable à cause de la hausse des prix du carburant.

A suivre : Les chalumeaux découpeurs français.

Références articles:

(1) Diving apparatus with instructions for submarine opérations by Siebe & Gorman 1870 page 26

(2) https://en.wikipedia.org/wiki/HMS_Gladiator_(1896)

(3) https://nickoftimemktg.files.wordpress.com/2014/11/hmsgladiator1908.jpg

(4) https://www.cganet.com/docs/100th.pdf page 7

(5) Das Acetylen:Seine Eigenschaften seine Herstellung und Verwendung by J.R.Vogel 1923 page 267

(6) Das Acetylen:Seine Eigenschaften seine Herstellung und Verwendung by J.R.Vogel 1923 page 268

(7) Das Acetylen:Seine Eigenschaften seine Herstellung und Verwendung by J.R.Vogel 1923 page 268

(8) mémoires de la société des ingénieurs civils volume 102,1914,page 235

(9) http://paperspast.natlib.govt.nz/cgi-bin/paperspast?a=d&cl=search&d=NOT19140822.2.12&srpos=1&e=-------10--1----2melting+steel+under+water--Xx

(10) Der Grundbau: Ein Handbuch Für Studium und Praxis Par Schoklitsch Schoklitsch 1932 , page 150

(11) Der Grundbau: Ein Handbuch Für Studium und Praxis Par Schoklitsch Schoklitsch 1932 , page 151

(12) Das Acetylen:Seine Eigenschaften seine Herstellung und Verwendung by J.R.Vogel 1923 page 270

(13) F.W.Brusch & W.F.J.Beyer Patent 1,298,880

(14) Praktisches Handbuch der gesamten Schweisstechnk by P.Schimpke & H.Horn 1924 page 129

(15) Le génie civil. Revue générale des industries françaises et étrangères (1932/12/17) page 612

(16) Le génie civil. Revue générale des industries françaises et étrangères (1932/12/17) page 612

(17) http://www.divingheritage.com/tools_cutting.htm

(18) http://www.pieds-lourds.com/Pages/pages.htm

(19) Die Schweisstechnik des Bauingenieurs: Einführung in Entwurf, Berechnung Par Bernhard Sahling 1952 page 209

(20) Manuel de découpage sous-marin par F. Hermans 1995 page 34

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